ED WOOD JR – Ruban de Möbius
La signification du nom de ce groupe associé au titre de son premier album nécessite déjà de longues explications érudites. Le ruban de Möbius est un sujet d’étude que les mathématiciens connaissent bien puisque c’est, je cite, « une surface fermée dont le bord est homéomorphe à un cercle ». Pour simplifier, c’est une espèce de figure géométrique dans l’espace qui a été mise en évidence par le mathématicien August Ferdinand Möbius (1790-1868). Mais ce n’est pas tout car le Ruban de Möbius est aussi le titre d’un dessin animé de science-fiction sorti en 2005 et réalisé par un certain Glenn Chaika et dont l’un des personnages n’est autre qu’Ed Wood. Ed Wood, les cinéphiles vous le diront, est l’un des plus fameux réalisateurs du cinéma de série Z des années 50. On lui doit des films de science-fiction crétins réalisés avec un budget de 300 dollars, dont le plus emblématique est le cultissime Plan 9 from outer space, encore considéré de nos jours comme le plus mauvais film de tous les temps (enfin, par ceux qui n’ont pas vu Le Père Noël contre les martiens).
Là où ça se complique, c’est que, Ed Wood étant mort depuis trente ans, on ne s’explique pas pourquoi il figure dans un dessin animé de 2005. Mais laissons tomber ces considérations qui ne visaient qu’à démontrer que le groupe Ed Wood Jr et ses références culturelles tortueuses n’est pas forcément très simple à aborder. Ce groupe du Nord de la France est constitué de deux garçons, Olivier Desmulliez (guitare et samples) et Thibaut Doutriaux (batterie). Ce duo se livre à un math rock (entendez une sorte de post-hardcore compliqué et expérimental) qui a déjà fait l’objet d’un EP cinq titres en avril 2008. Aujourd’hui, ils reviennent avec un album complet qui va ravir les amateurs d’expérimentations audacieuses et non-mélodiques et fera fuir les fans de David Guetta.
On se doute déjà que les gens d’Ed Wood Jr n’ont pas des goûts simples mais la lecture des titres de leur album révèle véritablement un penchant prononcé pour l’abscons et le dérisoire : « ГорЫ », « 20 pounds », « ∞ », « Marcel », « Tap », « Kung Fu chien », « Art brut », « Zemzan » et « -« . Plus délirant, tu meurs. Question musique, on est dans une suite de neuf titres déchirés, violents, erratiques, principalement instrumentaux et coupés d’extraits de dialogues en anglais. Aussi cosmique que du Hawkwind, aussi brutal que du Mastodon, aussi percutant que du Winnebago Deal ou aussi insensé que du Zu, cet album est intéressant mais a une petite tendance à la répétition. Il reste néanmoins plus audible que « Metal machine music » et servira au maître de maison à se débarrasser de ses derniers invités lorsqu’il aura envie de terminer la fête et d’aller se coucher.
Pays: FR
Uproar for Veneration ufvrecords.03/SWR03CD/SE03
Sortie: 2010/05
