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KNOPFLER, Mark – Shangri-La (special edition)

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Né à Glasgow dans une famille pauvre non loin de la Clyde, Mark Knopfler joue dans son quartier près d’une décharge malodorante. Cela ne l’empêche pas d’y être heureux jusqu’à six ans car les gens là-bas sont très gentils avec les enfants. Après, il y a l’école. Il joue tranquillement avec ses Dinky Toys dans la cour de récréation. Très vite, un caïd lui demande : « Celtics or Rangers ? » Il a sans doute fait la bonne réponse, puisqu’il vit toujours. Plus tard, à huit ou neuf ans, il déménage à Newcastle, près de la Tyne, où il entend le bruit des sirènes des bateaux. Il aime beaucoup aussi se promener le long des quais.

Qualifié d’écossais, le style de jeu folk de Mark Knopfler à la guitare a aussi quelque chose d’espagnol. Cela tient à la musique qu’on joue très fort près de son quartier, dans la Spanish City, un parc d’attractions où il va très souvent roder. C’est là qu’il comprend que le rock doit se jouer fort. Maintenant, juste retour des choses, c’est sa musique, « Tunnel Of Love », que l’on joue pour l’ouverture de ce parc d’attractions qui lui paraît bien plus petit qu’avant. C’est une bonne illustration de la différence de perception des choses selon que l’on adopte le point de vue de l’enfant ou celui de l’adulte.

Quand, adolescent, il s’achète une guitare, une Hofner qui coûte 50£, imitation allemande de la Stratocaster rouge qu’il lorgne en pure perte parce qu’elle est bien trop chère, il en joue pendant des heures, au point de s’endormir avec elle. Cet épisode est bien connu. Ce qui l’est moins, c’est que cela tient sans doute à la position qu’il adopte pour en jouer. Comme il ne dispose pas d’ampli par manque d’argent, il appuie la guitare sur une chaise et doit se pencher très près pour entendre ce qu’il joue. Voilà qui montre sa fatigue sous un éclairage plus cocasse et explique en partie son besoin irrépressible de dormir …

Sa musique et sa façon de jouer subissent des influences en Grande-Bretagne, bien sûr, mais aussi aux Etats-Unis (Chet Atkins, avec qui il joue, et Jean Jacques « J. J. » Cale). Plus tard, il retourne dans le Northumberland avec son groupe, Dire Straits, pour montrer aux autres où il a vécu et leur faire comprendre le contenu de son œuvre. Quand le succès devient trop grand, lassé par le business qui prend de trop grandes proportions à son gré et n’a plus l’échelle humaine, il saborde son groupe, joue en solo et adopte un mode de vie plus sage. Il promène sa nonchalance et se penche avec beaucoup de nostalgie sur les années heureuses de son enfance. Le vague à l’âme qu’il trimbale tout au long de son œuvre vient de là.

Cette comparaison entre deux mondes très différents est particulièrement palpable sur les albums « Sailing To Philadelphia » (2000), en partie inspiré par un récit historique, et « The Ragpicker’s Dream » (2002), centré sur les changements qui touchent les repères de l’enfance. Il transpose une musique traditionnelle en une musique contemporaine très spéciale et reconnaissable entre toutes. Marqué par son accident de moto en mars 2003, il établit une nouvelle hiérarchie dans ses priorités. C’est pendant sa convalescence qu’il enregistre ce CD. Invité par le propriétaire du studio « Shangri-La » de Malibu, Los Angeles, en Californie, il a la possibilité de travailler à l’ancienne au bord de l’océan.

Les musiciens qui accompagnent Mark Knopfler (voix, guitares) sur cet album sont Jim Cox (orgue, harmonica, piano, Hammond, melodica), Chad Cromwell (batterie, percussions), Guy Fletcher (orgue, piano, clavinet, Hammond, Wurlitzer, percussions), le fidèle des fidèles, Richard Bennett (guitares), et Glenn Worf (basse, upright bass). C’est une équipe qui travaille avec lui depuis quelque temps, ce qui explique la grande cohésion qui règne au sein du groupe. Il la connaît bien et sait ce qu’il peut lui demander. C’est de nouveau Chuck Ainlay qui produit cet album, qui parle avec nostalgie d’un passé à jamais révolu.

Sur « 5:15 a.m. », la nostalgie perle à tous les coins de notes. Tout en racontant une vague histoire de meurtre, il peint le portrait de cette région pauvre du nord de l’Angleterre, à la limite de l’Ecosse. « Boom, Like That » parle de Ray Kroc, qui a inventé le concept McDo et est devenu riche avec cette chaîne spécialisée dans la nourriture à bon marché. Pour ce genre de business, l’agressivité est incontournable.

« Sucker Row » est un titre country nostalgique dont Mark Knopfler a le secret. La mélodie est très belle, la mélancolie remonte à la surface à la faveur d’un détour de phrase musicale. Et toujours, cette guitare semble sortir de nulle part mais tombe toujours pile au rendez-vous. « The Trawlerman’s Song » est un mid tempo lazy, qui rappelle J. J. Cale. On y parle du métier et des conditions de travail du pêcheur moderne.

Sur « Back To Tupelo », c’est à l’aide d’une très belle musique qu’il évoque sur un ton peu amène le fameux colonel Tom Parker, hollandais de naissance. Il lui reproche de nous avoir privé du « King of rock ‘n’ roll », Elvis Presley, en le cantonnant dans des films insipides, inodores et incolores pour des raisons d’enrichissement personnel.

Paul Franklin joue de la pedal steel sur « Our Shangri-La », au climat rempli de nostalgie. On y parle évidemment du studio où ce CD est enregistré. C’est une longue complainte douce amère sur la vie là-bas, bercée par un soleil bien présent qui réchauffe les cœurs. « Everybody Pays » est une allusion à la sanction qui pénalise chacun de nos actes. L’orgue, joué par son complice de toujours, Guy Fletcher, et par Jim Cox, y tient une place de choix.

Très poignant, « Song For Sonny Liston », son idole quand il était jeune, excuse presque le comportement de ce boxeur peu conventionnel et invoque les circonstances dues au malheur qu’il a connu quand il était enfant. Il établit sans doute un parallèle entre son enfance heureuse et celle, malheureuse, du boxeur. Sonny Liston n’a pas eu la chance d’être entouré par une vraie famille : il lui sera beaucoup pardonné. Pour mieux le connaître, il a lu le livre « Night Train », de Nick Tosches, consacré au boxeur que seul Cassius Clay pouvait battre.

Avec Paul Franklin à la pedal steel, « Whoop De Doo » s’égrène comme un fleuve tranquille, un exercice de style sans grande importance. Sur « Postcards From Paraguay », il utilise sa guitare Ramirez spectrum pour nous parler de crimes. Le côté latin du jeu de Mark est évidemment mis en évidence. Parlant de l’être cher, « All That Matters » est une ballade remise au goût du jour par la seule volonté de Mark Knopfler. Elle est un peu soporifique.

« Stand Up Guy » est dans la même lignée que le morceau précédent. C’est une ballade toute simple agréable à écouter. Dans « Donegan’s Gone », il évoque Anthony James Donegan, dit Lonnie, né comme lui à Glasgow. Il lui a donné le goût plus que prononcé pour la guitare. De dix ans son aîné, il a montré la voie. Il donne un son du Delta à ce morceau, espérant faire plaisir à Donegan post mortem. « Don’t Crash The Ambulance » est un titre ironique qui contraste avec les autres.

Le DVD qui accompagne ce CD est d’un intérêt majeur. On y voit non seulement les répétitions mais aussi des interviews du producteur et des membres du groupe. Lors des répétitions, on le voit très bien sur le DVD, ils sont sérieux comme des papes. Un album, c’est du concret, on s’applique. La disposition des musiciens, qui peuvent se voir, a pour but de leur permettre de dialoguer. C’est conforme à ce que l’on faisait au cours des sixties. Magistrale démonstration de conscience professionnelle et de compétence dans le travail. Par contre, ça n’a rien à voir avec le fun cher au rock ‘n’ roll.

Les titres du CD:

  1. « 5:15 a.m. »
  2. « Boom, Like That »
  3. « Sucker Row »
  4. « The Trawlerman’s Song »
  5. « Back To Tupelo »
  6. « Our Shangri-La »
  7. « Everybody Pays »
  8. « Song For Sonny Liston »
  9. « Whoop De Doo »
  10. « Postcards From Paraguay »
  11. « All That Matters »
  12. « Stand Up Guy »
  13. « Donegan’s Gone »
  14. « Don’t Crash The Ambulance »

Les titres du DVD :

  • « The Summer Of Love » + interviews + répétitions.

Pays: GB
Mercury Records / Warner 9867259
Sortie: 2004/09/28

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