DEAN, Elton Meets The WRONG OBJECT – Live in Paris
Après la rencontre avec Ed Mann, l’ancien percussionniste de Frank Zappa, immortalisée sur « Live at Zappanale 2004 », voici maintenant le groupe liégeois en concert, le 18 octobre 2005, avec le saxophoniste Elton Dean, figure historique du « Jazz Anglais » et de l’ « Ecole de Canterbury », peu avant son décès le 8 février dernier.
Concernant la carrière de Elton Dean et l’historique avec The Wrong Object, je renvoie à mes articles des 14 et 16 février 2006 (voir articles).
Concernant The Wrong Object, j’insisterai sur le fait que trois des musiciens présents dans la formation à l’époque de « Live at Zappanale 2004 » ont quitté la formation et ont été remplacés. Les nouveaux arrivants ont apporté quelques changements dans le son et dans l’univers musical du groupe, encore plus marqué par le « Jazz ». A la base, l’entrée d’un trompettiste à la place d’un saxophoniste et, sur cet enregistrement, la participation de Elton Dean accentuent encore les différences.
Voici les musiciens :
- Elton Dean : Saxello & Alto Saxophone
- Laurent Delchambre (*) : Batterie & Percussions
- Fred Delplancq (*) : Tenor Saxophone
- Michel Delville : Guitares & Voix
- Jean-Paul Estievenart (*): Trompette
- Damien Polard : Basse
(*) Nouveaux membres
Voici les titres (62’25) :
- « Seven for Lee » (Elton Dean) (12’50)
- « Unicycle » (The Wrong Object) (12’22)
- « Baker’s Treat » (Elton Dean) (8’27)
- « A Cannery Catastrophe » (Michel Delville) (8’27)
- « The Unbelievable Truth » (Michel Delville) (12’45)
- « Cunnimingus Redux » (Michel Delville) (8’31)
A l’écoute, ces six pièces se révèlent attrayantes de bout en bout. La longueur et les nombreux débordements, des cuivres principalement, ne provoquent jamais la moindre lassitude, que du contraire. Tout s’avère bien construit et maîtrisé. De plus, malgré sa réputation et sa reconnaissance internationale, Elton Dean ne paraît jamais vouloir exercer une quelconque prédominance sur ses partenaires. Il faut dire que son désir insatiable de rencontres l’aura amené toute sa vie à de tels exercices, au mépris d’ailleurs d’une recherche carriériste et de valorisations bassement matérielles. La musique produite ici se situe dans la droite ligne du « Jazz-Rock » Anglais de la seconde moitié des années 1960, dont Elton Dean fut un des acteurs majeurs. Au sujet des accointances, si toute la mouvance de « Canterbury » et de Soft Machine, au sens large, peut être citée, les liens avec Ian Carr et ses différentes formations, Nucleus en tête, apparaissent encore plus nettement.
Dans l’ensemble, la musique se fonde sur un duo rythmique basse et batterie hors pair, soutenu par la guitare qui procède par traits nets mais légers, à la manière de Chris Spedding dans Nucleus ou de John McLaughlin dans les formations de Miles Davis à l’époque de « In a Silent Way » et « Bitches Brew ». Ces trois-là constituent alors un socle idéal pour les improvisations des trois souffleurs. Les compositions sont toutes d’une incontestable qualité, quel qu’en soit leur auteur.
Le premier titre, « Seven for Lee », composé par Elton Dean à la fin des années 1970, est une petite merveille dans laquelle les cuivres s’évadent en solo, avec brio, à tour de rôle. Si la basse conserve la même ligne du début à la fin, secondée par la guitare, la batterie en profite pour filer dans tous les sens. Excellent !
Quant à « Unicycle », seul titre déjà repris sur « Live at Zappanale 2004 », il apparaît complètement revisité et n’a rien à envier à la version précédente. A la base, l’esprit de Frank Zappa s’y retrouve toujours, mais dans un registre plus « British » et moins délirant.
« Baker’s Treat », la seconde composition de Elton Dean, est plus récente et apparaît même sur l’album « Abracadabra » de Soft Works en 2003, une association des quatre anciens Soft Machine Allan Holdsworth, Elton Dean, Hugh Hopper et John Marshall. Cette pièce « cool », à la chaleur typiquement « Jazz », est à nouveau construite autour de longues interventions en solo aux saxophones et, plus brièvement, à la trompette. Sublime !
Pour les quelques vocaux et les splendides interventions aux saxophones, « A Cannery Catastrophe » rappelle beaucoup Didier Malherbe et Gong, dans ses approches les plus « Jazz ». Billy Cobham, avec son chef-d’oeuvre « Spectrum », influence largement la mécanique rythmique (basse, guitare et batterie).
Les côtés « Free » et « Avant-Gardistes » emplissent « The Unbelievable Truth ». La composition est bâtie sur une succession de parties, parfois délirantes, à la trompette, aux saxophones et même à la guitare, quittant un instant son rôle rythmique. La basse est lourde et hypnotique. La batterie n’en finit pas de s’échapper.
« Cunnimingus Redux » apparaît comme une bonne pièce de « Jazz », bien foutue et bien jouée, mais très standard.
En définitive, Elton Dean et The Wrong Object évoluent en parfaite osmose et produisent ici un album d’une incontestable maturité. Un véritable hommage posthume à Elton Dean et la confirmation d’un groupe prometteur, The Wrong Object.
Pays: BE
MRSP01
Sortie: 2005
