RIVERYMAN – Magic world
30 ans, guitariste professionnel mais aussi multi-instrumentiste, finlandais, bercé par des influences majeures, le pedigree de Tony Riveryman laisse augurer à priori de quelques uns des éléments constitutifs nécessaires d’une musique de qualité pour que puisse s’installer chez l’auditeur la présomption et l’espoir d’écouter un disque de bon niveau. De formation pop, jazz et classique, Tony Riveryman a de plus joué dans un groupe de metal et joue encore aujourd’hui dans un groupe de musique de danse finlandaise. Un spectre élargi donc qui devrait lui permettre une expression musicale confirmée.
Deux membres forment le project band Riveryman, dont l’intention déclarée est de jouer du progressif, ce qui semble justifié puisque Yes, Rush, ELP, Genesis (période Phil Collins des débuts), Dream Theater ou Spock’s Beard figurent dans les influences référentes de Tony Riveryman, parmi bien d’autres. Ce dernier se charge de tous les instruments à l’exception de la batterie, tenue par un certain Pikkis, qui assure avec maîtrise. Huit morceaux dont la majorité tourne autour des 10 minutes devraient nous convaincre de succomber à « Magic World ».
Le premier titre de l’album en est le plus court et sert d’intro au suivant, qui porte le titre éponyme. Instrumental, il donne une idée générale du son et de la tonalité générale de l’ensemble, c’est à dire moderne, un peu à la Pendragon, avec une guitare très présente et des claviers qui se veulent majestueux et enveloppants. Le problème apparaît rapidement quand Riveryman se met à chanter sur le deuxième titre, « Magic World ». En effet, on se lasse très vite de l’écouter, tant ses parties vocales se révèlent, tout au long de l’album, plates et monotones, sans aucun éclat, faibles, pas toujours justes, avec trop de réverbération destinée à en masquer les imperfections. Et de plus, à part les instrumentaux « Ladder of the giant (intro) » et « Voyage accross the fabulous stars », tous les morceaux sont chantés, les parties vocales étant très présentes sur l’album, se partageant presque à parts égales l’espace musical avec les parties instrumentales. Ajoutez à cela des paroles un peu nunuches et vous comprendrez que le chant constitue clairement le gros point faible de ce premier album de Tony Riveryman.
D’une manière générale, le reste est constitué de longs morceaux privilégiant la guitare, rappelant parfois celles de David Gilmour et Steve Howe, mais le jeu de Riveryman est noyé dans un mixage un peu confus. Là où la guitare voudrait se faire plus incisive ou plus lancinante, la production l’étouffe dans un ensemble touffu et pas toujours très clair. De plus, les morceaux sont longs et très souvent exécutés sur le même rythme, sans beaucoup de breaks, sans relief, sans passages plus calmes, sans complexité, bref la dimension progressive voulue par Riveryman n’est pas du tout au rendez-vous, et on se retrouve plus souvent avec un album de rock lorgnant vers le pop ou l’AOR, et des longueurs qui n’apportent rien au morceau. Certaines mélodies sont aussi hésitantes et non abouties. Quant au batteur, il livre un jeu dynamique et fougueux et s’avère excellent.
Ceci dit, Tony Riveryman se révèle être un guitariste d’un très bon niveau et un multi-instrumentiste maîtrisant son propos, avec un potentiel hélas saboté par un chant faible et une production pauvre. L’enthousiasme de Riveryman ne laisse planer aucun doute sur sa sincérité et sa volonté d’enregistrer une œuvre qualitative, mais son album déçoit d’une manière générale, malgré quelques soli bien enlevés.
En guise de conclusion, Tony Riveryman devrait s’entourer d’un véritable groupe et d’un chanteur confirmé, d’un bon producteur aussi, lesquels pourraient alors permettre à Riveryman de donner plus de corps et de dimension(s) à ses compositions. En l’état actuel, « Magic world » ne possède pas assez de qualités et d’atouts pour se faire remarquer dans la moisson actuelle des réalisations rock et (néo) progressives. Il manque tout simplement de personnalité. Si vous êtes très curieux ou que vous succombez au syndrome « Saint-Thomas », jetez une oreille sur « Magic world ». Sinon, consacrez votre temps à écoutez d’autres nouveautés, parmi toutes que celles que vous propose MiB chaque jour.
Musiciens :
- Tony Riveryman – chant, guitare, basse, claviers
- Pikkis – batterie
Liste des morceaux :
- Ladder of the Giant 3:07
- Magic World 13:07
- Gage of our Lives 9:48
- Garden of Love 9:54
- Voyage across the fabulous Stars 6:16
- After All these Years 11:15
- Priest of the World 7:56
- Escaping from the Dreams 10:42
Pays: FI
Musea Records FGBG 4799
Sortie: 2009/03/23
