BIG GILSON – Sentenced to living
« Quand j’entends un jeune homme comme lui jouer si bien le blues en dehors des USA, je suis heureux et fier de voir que ma mission sur cette terre a été accomplie ». Cette phrase de BB King à l’encontre du guitariste brésilien Big Gilson devrait faire entrer ce dernier au panthéon des spadassins les plus efficaces au service du blues.
On pourrait croire que le Brésil fait figure d’exception en matière de blues et qu’il est surtout condamné à la samba à tous les étages. C’est oublier une solide tradition blues qui remonte au début des années 70 avec des formations aussi légendaires que La Pesada ou le killer Pappo’s Blues qui avait usiné des albums hard blues propres à faire pâlir Free ou Status Quo. Big Gilson fait partie de la relève et la douzaine d’albums qu’il a réalisés sont là pour démontrer son expertise en matière de douze-mesures. L’arrivée sur le marché de « Sentenced to living », habilement relayé en Europe par le label Blues Boulevard, devrait en séduire plus d’un.
Dès l’énorme mid-tempo plaintif et électrifié qu’est « I wonder who », on imagine facilement la suite : le blues va vous pénétrer par tous les pores. Mister Big place des petits solos rapides et experts qui reprennent sans honte la route du Delta. Un orgue Hammond adoube le blues rock pour le faire pénétrer également dans le monde du r ‘n’ b cher à Ray Charles ou Booker T. & The MG’s. L’homme taquine aussi les Rolling Stones dans ce qu’ils ont de plus funky (un « Ready » calqué sur « Brown sugar » avec des cuivres à la « Tumbling dice »). Niveau guitare, tout est sous contrôle, le paradis est à portée de main. La version rapide de « Tobacco road » qui est proposée ici rajoute une pièce de choix au lourd dossier de ce classique repris presque autant de fois que « Louie Louie », c’est vous dire. Les Stones sont encore remis à contribution avec un « It’s hard to say goodbye » qui doit beaucoup à « Wild horses », mais qui s’en plaindrait? Entre Johnny Winter et le « Wheels of steel » de Saxon, « Start if over » édicte de nouvelle règles en matière de blues lourd, sans concession, limite usine de bagnoles.
Bref, dans le brutal comme dans le sensible, dans le lourd ou le subtil, dans l’électrique ou le doucereux, Big Gilson se pose en petit maître formidable de blues éternel. On ne lui demande pas de renouveler le genre, il le sait et arrive à merveille à perpétuer le choc originel. Et ça, ça vaut son pesant de cartouches à sanglier.
Pays: BR
Blues Boulevard 250242
Sortie: 2009/05/22
