WOOTEN, Victor – Soul Circus
Victor Wooten fait partie du monde des grands virtuoses de la basse, de la trempe des Jaco Pastorius, Larry Graham, Stanley Clarke et Bootsy Collins, dont il revendique allègrement les influences. Ses noms étalonnent déjà à eux seuls les styles dans lesquels baignent « Soul Circus » : une Fusion majoritairement « Jazz-Funk », avec une dimension « Jazz-Rock », complétée par quelques touches de « Rap-Jazz », dans la voie ouverte dans les années nonante et représentée par des artistes tels que Marcus Miller (« Tales » en 1995), Lenny White (« Presence Tense » en 1995) ou le saxophoniste Bill Evans (« Push » en 1993). Quelques apports de la « Musique Indienne » sont également perceptibles via la participation de deux musiciens Indiens. L’ensemble, soutenu par de bonnes compositions et une interprétation de haut vol, s’avère particulièrement élégant, chaleureux et bien foutu. De plus, le nombre impressionnant de participants, aux horizons en définitive fort semblables, n’apparaît jamais comme un handicap et ne provoque jamais le moindre égarement.
La carrière de Victor Wooten prend véritablement de la dimension lorsqu’il rencontre le joueur de banjo Béla Fleck en 1988. L’année suivante, il le rejoint dans Béla Fleck & The Flecktones, une formation qui fusionne les genres à l’envi, du « Jazz » au « Rock » en passant par le « Bluegrass » et le « Rap ». En 1996, il publie son premier album solo, « A show of Hands », suivi de « What Did He Say ? » en 1997, « Yin-Yang » en 1999 et « Live in America » en 2001. En 1998, il s’associe avec le guitariste Scott Henderson et le batteur Steve Smith (Journey, Vital Information, …). Ils enregistrent deux albums de Fusion plutôt « Jazz-Rock », « Vital Tech Tones » et « Vital Tech Tones, Vol. 2 ».
Pour ce nouvel album, excepté un titre, toutes les musiques ont été composées par Victor Wooten, parfois aidé pour les textes et pour les parties de « Rap ». En voici les titres (60’27) :
- « Intro : Adam » (0’09)
- « Victa » (Victor Wooten/Joseph Wooten/Bootsy Collins) (4’54)
- « Bass Tribute » (Victor Wooten/Joseph Wooten) (5’10)
- « Prayer » (Victor Wooten/Saundra Williams/MC Divinity) (5’46)
- « Natives » (Victor Wooten) (4’00)
- « Can’t Hide Love » (Skip Scarborough) (4’34)
- « Stay » (Victor Wooten) (4’54)
- « On and On (Saundra) » (Victor Wooten/Saundra Williams/Speech) (4’50)
- « Cell Phone » (Victor Wooten/MC Divinity/Count Bass D) (4’22)
- « Back to India » (Victor Wooten/Speech) (4’29)
- « Soul Circus » (Victor Wooten) (4’29)
- « Higher Law » (Victor Wooten) (4’33)
- « Take U There » (Victor Wooten) (0’27)
- « Ari’s Eyes » (Victor Wooten) (4’52)
- « Outro : Kids » (0’08)
- « Bass Tribute » (Victor Wooten) (2’24)
En voici les participants les plus réguliers :
- Victor Wooten : Basses, Guitares, Claviers, Drum Programming, Batterie et Vocaux
- Joseph Wooten : Claviers & Vocaux (2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 11, 14, 16)
- Regi Wooten : Guitares (3, 6, 8, 12, 16)
- Saundra Williams : Vocaux (2, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 14)
- MC Divinity : Vocaux (2, 3, 4, 9)
- Derico Watson : Batterie (2, 4, 9, 10, 14)
- JD Blair : Batterie (3, 5, 6, 8, 11, 16)
Ainsi que les autres, par instrument :
- Basse : Steve Bailey, Jacques Jones, Will Lee, T.M. Stevens, Kurt Storey
- Batterie : Dennis Chambers, Raymond Massey
- Cajon : Roy Wooten
- Flûte : Bill Miller
- Ghatam, Konnakol & Moorsing : T.H. Subash Chandran
- Guitares : Larry Jarvis, Eric Silver
- Harmonica : Howard Levy
- Kanjira : Ganesh Kumar
- Percussions : Raymond Massey, Bill Miller, Darrell Tibbs
- Rap : Count Bass D, M.C. Sookie, Speech
- Saxophone : Jeff Coffin, Shawn « Thunder » Wallace
- Trombone : Barry Greene
- Trompette : Rob McGaha
- Vocaux et Voix : Jeremiah Abel, Steve Bailey, Radmila Bowers, Oteil Burbridge, Alvin Chea, Bootsy Collins, John Cowan, Bill Dickens, Gary Grainger, Kelly Gravely, Kit Leblanc, Will Lee, Christian McBride, Bill Miller, Rhonda Smith, Speech, T.M. Stevens, Kurt Storey, Adam Wooten, Arianna Wooten, Holly Wooten, Kaila Wooten
Dans l’absolu, la présence d’une telle quantité de bassistes constitue un record, même si nombre d’entre eux n’apparaissent qu’au chant. A l’inverse, en dépit du style de l’album, la contribution des cuivres est fort réduite. Il faut également noter la présence de huit membres de la famille Wooten, à des degrés très divers.
Sur un rythme « Funky », emmené par la basse bien marquée de Wooten qui ne rechigne pas au solo, soutenu par la frappe bien nette de Derrico Watson, le plus percutant des batteurs présents, « Victa » se fonde également sur l’alternance de cinq chanteurs en échange constant. La parenté avec les formations de George Clinton est directement évidente. D’ailleurs, Bootsy Collins, un de ses bassistes essentiels, participe ici au chant. Au chant également, on peut apprécié la merveilleuse Saundra Williams, dont les interventions seront un régal du début à la fin de l’album (elle a également travaillé avec Moby).
Sans quitter vraiment le genre, « Bass Tribute » le positionne autrement en saccadant moins le rythme. La pièce évolue sur un thème plaisant et répétitif où basse et chant dominent harmonieusement. Cet hommage à la basse et aux bassistes les énumère par dizaines (Stanley Clarke, Jaco Pastorius, Marcus Miller, Larry Graham, Chuck Rainey, Jack Bruce, …). Elle en utilise également une belle quantité, à leur instrument de prédilection et(ou) au chant. Ainsi, outre Victor Wooten, on y retrouve également quelques autres références, dont T.M. Stevens, Will Lee, Oteil Burbridge, Steve Bailey, Christian McBride et Gary Grainger.
« Prayer », particulièrement bien coulé, permet à nouveau de mesurer l’importance du chant et d’en admirer sa variété. Si la voix de Saundra Williams est enveloppante et chaleureuse, les autres y ajoutent leurs propres saveurs. Les changements d’ambiances et les accélérations de rythmes sont légions. Un large panel de styles est également abordé. Les interventions de Victor Wooten sont somptueuses.
Elles le restent dans « Natives », cinglant et heurté, dans lequel il arrache et martyrise merveilleusement ses cordes. Les intonations Indiennes, « Peaux-Rouges », du chant sont très présentes.
Le « Jazz-Rock » racé de « Can’t Hide Love », avec un Victor Wooten en démonstration à la basse, rappelle beaucoup Stanley Clarke.
« Stay » inclut les deux musiciens Indiens et la voix percussive de T.H. Subash Chandran remémore celle de Trilok Gurtu. Mêlé au chant de Saundra Williams et de Victor Wooten, appuyé par sa basse imposante et complété par les petites touches de guitares de son frère, l’ensemble s’avère indéniablement réussi.
« On and On » cumule les bons moments sur une mélodie toujours agréable : le chant suave de Saundra Williams, la subtile couverture des claviers et des cuivres, les apports mesurés de la guitare, la partie « Rap » de Speech et enfin l’impeccable duo basse et batterie.
L’étonnant « Cell Phone » est fondé sur des bruits liés à l’internet et au GSM, sur lesquels se jouxtent beaucoup de « Rap » et pas mal de voix différentes. Bizarrement pourtant, le concept est parfois proche du Gong de Daevid Allen.
« Back to India » voit à nouveau la participation des deux musiciens Indiens et Victor Wooten utilise une sitar basse. Dès lors, si la base Indienne de ce morceau en devient évidente, les caractéristiques générales restent le « Jazz-Funk » et le « Rap ».
De superbes démonstrations de basse, de belles envolées du saxophoniste Shawn Wallace, un vigoureux batteur, le « Rap » de M.C. Sookie, font de « Soul Circus » un petit bijou.
« Higher Law », dynamique à souhait, plaît par les attaques tranchantes de Regi Wooten à la guitare, par la dureté de la basse, par l’alternance des vocalistes et par des percussions filantes.
Majesté, finesse, quiétude et élégance sont les Maîtres mots de « Ari’s Eyes ». En outre, l’apport de chaque participant peut être pleinement apprécié : les basses de Victor Wooten et Steve Bailey, l’harmonica de Howard Levy, la guitare acoustique de Eric Silver, … Sublime !
Les trois intermèdes de quelques secondes, anecdotiques en soi, mettent en scène les enfants de la famille Wooten.
En définitive, un album très réussi, toujours équilibré, sans aucune démonstration stérile, de bon goût, qui devrait plaire tant aux amateurs de bons instrumentistes que de bonnes mélodies, et qui ravira les passionnés de Fusions dans ce qu’elles représentent de plus larges et variés.
Pays: US
Vanguard Records 79785-2
Sortie: 2005/04/12
