OSIRYS – Osirys
Jean-Pierre Prudent a composé des oeuvres ambitieuses destinées à être jouées par un collectif à effectif adaptable selon les circonstances. Il ne comporte pas seulement des musiciens mais aussi des acteurs et des textes sont parfois associés à la musique, qui est censée créer des espaces de rêve, des paysages oniriques, des portes ouvertes sur des mondes inconnus et des stimulants de l’imaginaire.
L’œuvre se décline en deux parties principales : « Un long poème d’hivers » et « Les portes de l’ailleurs ». La thématique de « Un long poème d’hivers » tourne autour du rêve et englobe les cinq premiers morceaux. La deuxième partie, « Les portes de l’ailleurs », est plutôt une démarche expérimentale de découverte de voies nouvelles.
Il convient donc d’aborder cette œuvre avec respect et ouverture d’esprit, en laissant vagabonder son imagination au gré des sollicitations de l’auteur. Ainsi, « Livre premier des princes guerriers flamboyants » se caractérise par l’emploi de samples électroniques propres à générer le départ vers des contrées inconnues, une sorte d’aventure musicale imagée en mouvement constant.
« Cyborg oiseaux » est plus statique. C’est une sorte d’observation qui génère des impressions diverses sur un rythme parfois lancinant, parfois plus varié. Elle est de nature à susciter une introspection calme qui nous laisse face à nous-mêmes. « Une mer trop large, un espace trop froid » repart vers des contrées lointaines avec une dramatisation plus intense et des samples distordus qui laissent planer une ombre de mystère.
« On peut savoir de loin les choses qu’on ne voit pas » nage dans l’imagination pure avec comme support des thèmes variés entrecoupés de bruitages et de parties de piano pour le moins originales sur un tempo d’abord très lent mais qui va crescendo au gré des percussions sourdes qui émaillent son parcours. Vient ensuite une accalmie instrumentale toujours dominée par un piano joué de façon saccadée.
On se dirige ainsi vers une paix intérieure profonde avant d’aborder « Livre troisième des vibrations incontrôlées des douleurs articulaires », beaucoup plus tumultueux et marqué par un style plus classique de toute beauté.
La deuxième partie commence par « L’ignorance, là où on ne sait pas », une leçon d’humilité assez tonitruante dominée par l’orgue. Par moments, des sortes de coups de fouet traversent à intervalles réguliers ce morceau bizarroïde ponctué par le gong.
Vient ensuite « Les sept portes », qui se décline en sept parties, autant de pistes de découvertes de voies nouvelles où l’imagination est reine. Ce morceau vous secoue sur des rythmes variés et vous pénètre par petites touches, tantôt intimistes, tantôt plus toniques. C’est la pièce maîtresse de cette œuvre onirique qui doit être abordée sans parti pris pour être appréciée à sa juste valeur. L’esprit vagabonde au gré de sa fantaisie mais il est canalisé par l’auteur, qui sait exactement où il vous emmène. L’électronique apporte sa part de rêve et de mystère et, dans ce contexte très particulier, constitue un plus par rapport à la musique traditionnelle.
« En quête de l’illumination » est un morceau d’anthologie absolument magnifique qui honore son auteur. Loin de l’excitation ambiante, ce morceau laisse percer une grande sensibilité et une créativité exubérante sans jamais se départir de son but premier : ouvrir des pistes de recherche et des voies nouvelles. Ici aussi, la contribution de l’électronique est positive, voire déterminante.
« Brocéliande » termine de façon joyeuse et calme au début cet album déroutant, très coloré et bourré d’imagination. Le piano et le synthé décrivent ensuite une atmosphère bizarre faite de bruits, de percussions et de samples. C’est à la fois très classique et très surprenant. A découvrir après avoir abandonné tout préjugé.
Pays: FR
Dreaming DR 8434.AR
Sortie: 2006/01
