WHITE, Tony Joe – Snakey
Tony Joe White : l’echo du Bayou !
Seizième album pour le swamp hero par excellence, immanquablement issu de la veine intarissable des « soul-flavored-blues-drenched-truth-injected-songs » comme il est dit de manière quasi-intraduisible sur son site web !
Le titre d’ouverture est « Feeling Snakey » forcément lié au titre de l’album…. Cette histoire de rupture arrosée à la Tequila finit forcément par la gueule de bois… serrée. Le beat est sévère (quand même) et la voix lourde. Légère disto et super solo rentré comme seul le brave TJW peut nous les servir.
Comment pourrait-on rater une chanson intitulée « Bayou Bleus » (prononcez : Bayou « blouse ») ? C’est impossible. Un son à la JJ Cale comme c’est pas permis, en appui sur les grosses cordes et cadré dans une rythmique à faire fondre la carcasse des crocos, cette chanson contient un secret que vous trouverez peut-être, c’est tout le mal que je vous souhaite. Encore une composition du couple TJ et Leann White suivie par un titre très construit dans le rythme claquant sec : « Nothing I Would Not Do » Psssttt ! Petit hommage de Monsieur à Madame…
La chanson suivante est aérienne et son texte délicieux. On voudrait connaître le coin où vit notre Tony, cela doit tenir du paradis quand on entend sa musique (solo de guitare sèche magnifique…). « Dark Horse Comin » est une des meilleures chansons de l’album. Je ne sais pas vraiment dire pourquoi mais elle accroche instantanément l’oreille et ses accords sont lumineux ! (Ben voilà pourquoi…).
Quelques beaux slams de basse comme entame pour « The Organic Shuffle » et l’on retrouve la tradition orale chère à TJW. Ces longs monologues parlés empreints de mystères vocaux et sans doute d’œillades inquiétantes sont parfois traversés d’incantations vocales indiennes légères… La basse travaille admirablement (autrement dit Steve Forrest).
« Living of The land », par son jeu de guitare, est sans doute un clin d’œil à Mark Knopfler. C’est en tout cas une petite perle pleine de dérision et de feeling qui fait bouger à merveille. Les guitares sont impériales, allez, je le dis… divines !
Puis arrive « Rico », la plus belle de toutes. Cette voix, quelle voix bien posée, chaude et rassurante et ces accents cristallins de guitares acoustiques brillants donnent des frissons. On nage dans le rêve musical le plus pur. Tout est soft mais pas bêtement facile. Ca ressemble à un envol d’aigle à la cime des Ozarks Mountains. On se sent doucement emportés dans une descente panoramique admirable et rassurante vers le fond de la vallée et l’on sait qu’un coin d’herbe moelleux amortira la chute… parce qu’il y a une fin même à la plus belle chanson du monde.
La différence de ton dans « Hard Time with Sunday », la chanson suivante se passe de commentaires. L’ami Tony Joe règle ses comptes avec les dimanches et il a bien raison. Comme Renaud, je déteste les dimanches à la con surtout quand on mange du poulet. Je ne sais pas si c’est volontaire « Taste Like Chicken » clôture l’album. Pour me contredire, TJW fait carrément la promo du volatile, plat national les jours de Thanksgiving en Alabama et festin de roi le Mardi Gras en Louisiane. Ce n’est plus une chanson c’est un catalogue de voyage ! A mon avis voilà un hit pour Kentucky Fried Chicken (couru d’avance). Mais la guitare sonne avec conviction et les liens entre les instruments sont académiques, impressionnants de finesse et d’intelligence.
Ce CD ne devrait pas dynamiter les baffles (encore que…) mais il s’insinuera jusqu’au profond de l’âme des mélomanes et des amoureux de longs soli léchés et subtils, d’arrangements précieux mais jamais ridicules, de finesse et de classe retenues. Comme dit souvent son auteur en parlant de ses concerts : « We have a good job to do ». Je n’ai qu’un mot à ajouter après avoir attentivement écouté « Snakey » : « DONE » !
Pays: US
Swamp Records MRCD231
Sortie: 2003

un bel album de Tony Joe White. La production de l’album est parfois un peu bizarre mais ça ne gâche pas le plaisir que l’on a à écouter les belles chansons paisibles que TJW sait si bien composer et les titres swamp rock toujours aussi caractéristiques.
Très réussi donc, à classer bien précieusement à côté d’un bon vieux JJ cale…
Une petite remarque sur le commentaire de Didier Dirix : la chanson clin d’oeil à Mark Knopfler n’est à mon sens pas « living off the land » mais « dark horse coming » (les accords ressemblent un peu à why aye man).
nico