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SONIC YOUTH – Rather Ripped

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Thurston Moore a un jour déclaré : « Dix ans après le punk, Nirvana a profité de tout ce qui avait été fait dans l’ombre pour éclater. Il le doit aux groupes, inconnus des journalistes, qui ont continué à faire du punk sans être à la mode ». Il sait de quoi il parle : il a fait partie de ce mouvement expérimental souterrain qui a préparé et rendu possible l’avènement de Nirvana. Loin d’être une mutation, cet événement était le fruit d’un long cheminement inconnu des journalistes et du grand public.

Punk à l’origine, Sonic Youth est difficilement classable. Faut-il le considérer comme punk underground, comme Kurt Cobain aimait définir Nirvana ? Fait-il du rock alternatif ? Du noise rock ? Cela importe peu, finalement. C’est en tout cas un groupe majeur qui a montré la voie à suivre et qui depuis vingt-cinq ans compte dans le monde du rock.

Ce n’est pas un hasard si David Bowie, toujours friand d’expérimentations et d’artistes ou de groupes d’avant-garde, les a invités lors du concert de son 50e anniversaire à New York avec d’autres grands du rock comme Lou Reed, Robert Smith, Black Francis, Billy Corgan et quelques autres. Rien que du beau monde.

Après s’être fait voler leurs guitares, il ne leur a plus été possible de reproduire ce son inimitable qui leur était propre. A quoi ça tient, un changement de style ? C’est très perceptible sur leurs trois derniers albums. Le line-up actuel du groupe est le suivant : Thurston Moore (guitare, chant), Kim Gordon (basse, guitare, chant), Lee Ranaldo (guitare, chant) et Steve Shelley (batterie). Sonic Youth nous distille un bien bel album varié et très éclectique.

Autant le dire tout de suite, malgré le départ de Jim O’Rourke, cet album est excellent. Le côté expérimental, dans la lignée du Velvet Underground et des Stooges, sans avoir disparu, est moins présent sur les derniers albums. Des titres comme « Teenage Angst » et « Candle » (album « Daydream Nation », 1988), « Kotton Krown » (album « Sister », 1987), « Shadow Of A Doubt » ou encore « Expressway To Yr Skull » (album « Evol », 1986), repris sur la compilation « Screaming Fields Of Sonic Love » (1995), méritent de figurer dans une anthologie de noise rock. Le sommet du groupe se situe d’ailleurs en 1987 – 1988 mais l’album « A Thousand Leaves » (1998), le plus cérébral et le plus aventureux, avec notamment l’extraordinaire « Karen Koltrane », mérite aussi la plus grande attention.

Chanté par Kim Gordon, qui avoue pourtant s’intéresser davantage à ses projets personnels qu’à ce que fait le groupe, « Reena » est une perle qui plonge directement l’auditeur dans l’univers dreamy pop de Sonic Youth. « Incinerate », une composition arty de Thurston Moore, est une chanson d’amour sous forme de métaphore, où l’on retrouve les dissonances des guitares et des backbeats qui rappellent Can, un autre groupe d’avant-garde jamais égalé. Ce morceau comporte des passages de toute beauté.

Bien qu’exprimé avec retenue, sans avoir l’air d’y toucher, « Do You Believe In Rapture », qui est une réflexion sur la paix, est un titre éminemment politique qui induit une certaine tension, au même titre que « Sleepin’ Around », qui fait penser à Lou Reed et au Velvet Underground. Kim Gordon chante et a composé les paroles de « What A Waste », une critique acerbe de ses contemporains et des travers de l’âge ingrat.

Toujours chanté par Kim Gordon, qui n’a sans doute jamais été meilleure, « Jams Run Free » est aussi un très beau dreamy arty pop intimiste qui contraste avec ce que le groupe fait d’habitude, même si le jeu des guitares rappelle les dissonances passées. « Rats » est une chanson insouciante composée et chantée par Lee Ranaldo, qui prend une plus grande part dans les compositions. C’est par un crescendo qui crée la tension que l’on s’achemine vers la fin du morceau.

« Turquoise Boy », un titre de plus de six minutes, est chanté par Kim Gordon. Le ton est intimiste et le rythme soutenu. « Lights Out » est un morceau qui se base sur une mélodie pop mais qui comporte des échanges dissonants entre les guitaristes. Ce mélange détonant ne surprend qu’à moitié. Avec Sonic Youth, on en a vu d’autres.

« The Neutral » est un chant d’amour en demi-teinte, avec la voix douce de Kim Gordon, qui l’a composé, en prime et avec des guitares cristallines en bonus. C’est encore un titre que l’on peut qualifier de catchy. « Pink Steam » est un titre répétitif romantique et mélodieux qui repose principalement sur le jeu parfait des guitares et s’articule autour de ce contraste. Enfin, composé par Thurston Moore, « Or » est un titre presque folk qui clôture l’album. Qu’est-ce qui vient en premier lieu : la musique ou les paroles ? Avec Sonic Youth, on pense plutôt à la musique.

« Rather Ripped » est un album qui rappelle par certains côtés les meilleurs du groupe, dont « Daydream Nation » et « A Thousand Leaves ». Il prouve aussi que Sonic Youth peut écrire des titres catchy sans perdre son inventivité, sa personnalité et sans vendre son âme, sur des thèmes comme l’infidélité ou la folie. Indispensable !

Pays: US
Geffen Records / Universal 602498783023
Sortie: 2006/06/13

One thought on “SONIC YOUTH – Rather Ripped

  • Même s’ils ne se renouvellent plus beaucoup il faut bien l’avouer, les Youth continuent de me séduire, et ce n’est pas près de s’arrêter apparemment. Tant qu’ils seront capables de bricoler des élucubrations sonores aussi évocatrices, tendues, habitées, juteuses, totalement dénuées d’esbrouffe, j’en boufferai avec plaisir. P.J. Harvey leur tient tête à tous les niveaux (entre autres par une compréhension quasi-magique des racines profondes, traditionnelles, d’un rock qui a façonné cette mouvance faussement vue comme d’avant-garde) et parvient à nous surprendre plus souvent, mais Sonic Youth a ouvert bien des portes qui ont permis à des artistes comme elle de passer sur le devant de la scène. Rester aussi jeune à leur âge, belle leçon. 🙂

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