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RADA & TERNOVNIK – Marriage

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Рада и Терновник est du cyrillique et s’écrit dans notre alphabet comme il est indiqué dans le titre ; Rada, le nom de la chanteuse, signifie « joie », « allégresse », même si le climat de l’album est assez sombre ; Ternovnik, le groupe qui l’accompagne, signifie the Blackthorn en anglais ; en français, on peut le traduire de deux manières : « le prunellier » ou le « gourdin épineux ». A vous de choisir.

Rada est une chanteuse – compositrice russe dont la voix est assez extraordinaire. On pourrait presque comparer ses prouesses vocales à une chanteuse péruvienne dénommée Yma Sumac (« ima shumaq » veut dire « how beautiful » en Quetchua), célèbre dans les années 50. Comme cette dernière, sa tessiture couvre plus de trois octaves et laisse très loin derrière elle les meilleures chanteuses de rock ou de folk. Rada chante depuis le début des années nonante.

Outre the Blackthorn, elle est accompagnée par l’orchestre folklorique Yasni Den (The Bright Day en anglais), rompu dans l’exercice difficile de reproduire fidèlement les intonations, les mélodies et les dialectes utilisés dans les villages isolés où sont chantés ces morceaux tirés de l’ancien folklore russe et adaptés par la chanteuse. La musique chantée et jouée sur « Marriage » est une sorte de compilation de morceaux qui suivent le rituel utilisé lors des mariages dans ces régions mais comporte des accents psychédéliques voulus et créés par la chanteuse.

Le CD démarre par un morceau remarquablement chanté, « The Time Will Come », accompagné par une guitare acoustique et des instruments locaux joués par le groupe folklorique Yasni Den. En chantant chacun de leur côté, ils se sont rendus compte que les deux morceaux se fondaient l’un dans l’autre et cohabitaient parfaitement. Le morceau folklorique, qui vient du sud de la Russie, a une origine slave mais il a été enrichi par les Cosaques et la culture turque.

La chanteuse ne dédaigne pas chanter « a capella », notamment sur « The Arrow », un chant destiné à communiquer avec la nature et la force des éléments. Il est chanté dans les champs pour demander de la pluie pendant une période de sécheresse.

La guitare électrique et les chœurs apparaissent sur « Underground Springs Are Bubbling », un titre à double sens dont la clé (spring) ouvre une porte inconnue, sur une très belle mélodie issue du nord de la Russie, cette fois.

Le morceau suivant comporte en principe trois parties (mais mon exemplaire comporte un défaut juste après la première) : « A Little Grove » est un chant épique du sud de la Russie. Exécuté « a capella », il demande une très grande maîtrise vocale. « I Will Tell You About… » voit un soliste de Yasni Den suivre le chant de Rada à la trace. On y traite de notre incapacité à apprécier la fantaisie, le conte de fée et la tradition (qui pourtant sont présents près de nous) et de la coexistence entre le monde ancien et le monde moderne. « The Dawn » est un chant lyrique classique de la région de Smolensk où les femmes chantent lors des fêtes.

Le gong, les percussions et la guitare électrique annoncent une rupture dans le ton de l’album autant que dans l’atmosphère générale à partir du cinquième morceau, « There Shouldn’t Be Any Winds; They Spoke, They Spoke ». Cela devient nettement plus rythmé et la partie récitée sur le ton de la conversation fait place à un chant réel, avec les chœurs en arrière-plan. Les chœurs enveloppent l’ensemble de chants soutenus par la basse, avant de laisser la voix principale reprendre l’initiative. C’est un chant rituel triste, presque funèbre, exécuté lors des cérémonies de mariage. Celui-ci met fin à une vie insouciante et annonce le début de l’âge adulte et des soucis.

Sur « A Young Prince Appeared », une phrase du chant solo est à chaque fois accompagnée par des choeurs après une courte pause. On retrouve cette façon de chanter dans la Grèce ancienne et Byzance.

« Not Something, Everything Disappeared » est un chant de Rada suivi par un chant folklorique qui se fond sans heurt à l’intérieur. On y parle d’un oiseau de conte de fée. Yasni Den emboîte le pas en chantant les mérites d’un oiseau extraordinaire qui a le pouvoir de connaître beaucoup de choses et de s’en souvenir. Le titre en est « The Bird – Birdy » et il sert à faire danser les femmes à chaque printemps.

« I Shall Leave The Sorrow, The Sadness » est une ballade folk dont le thème est repris en chœur. C’est un morceau ancien qui tient à la fois de la romance et du chant folklorique poétique. La tristesse y prend forme humaine.

Ecrit comme un chant lyrique, « My Soul » est une métaphore qui met en scène une âme séparée de son corps et devient un personnage à part entière comme la tristesse du morceau précédent.

« A Nightingale, My Nightingale » est un cri rituel tiré du folklore dirigé vers la nature tandis que « A Marriage » relate l’antagonisme qui existe entre le marié, qui voudrait renfermer sa femme pour lui seul, et la famille de la mariée, qui voudrait la voir profiter de ses derniers instants de liberté.

« The Clown’s Song » est la mise en musique des discussions entre les deux familles pour le paiement de la dot. Les chants de Yasni Den y sont enveloppés par les instruments joués par Ternovnik.

La longue pièce finale comporte cinq parties : « A Little Nightingale », un chant lyrique issu d’un vieux rituel, « An Ethnic Song », une plongée de Rada & Ternovnik dans la musique shamanique ethnique locale qui tente de réunir les espaces, les temps et les mondes, « On A Gryanoj Week », un chant presté pendant le festival du printemps en l’honneur des esprits des femmes noyées dans l’espoir de réunir le mythe et la nature, « Grunya », une ronde au cours de laquelle les jeunes gens montrent leur préférence envers telle ou telle jeune fille dans un but de mariage, et « At Egorij’s », une autre ronde païenne dont le va-et-vient ressemble à un kaléidoscope quand on la regarde de haut et qui est fréquente dans le nord de la Russie.

Le climat de cet album, qui parle de mariage et tente d’établir un pont entre le passé et le présent, est assez sombre et évoque tout ce que l’on doit abandonner et tout ce à quoi il faut renoncer quand on choisit d’unir son destin à une autre personne. Il y a là de quoi réfléchir sérieusement avant de franchir le pas, une chose que devraient faire les couples actuels : trois mariages sur quatre finissent par un divorce. Une plongée dans la sagesse de la Russie ancienne aurait-elle le pouvoir d’inverser le processus ?

Pays: RU
UR-Realist 027
Sortie: 2005

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