QUI – Love’s Miracle
Don Vliet, plus connu sous le nom de Captain Beefheart, qui peut être considéré comme l’ancêtre de la musique punk, et Frank Zappa, son copain, un autre fêlé notoire, sont des pionniers de la musique expérimentale du rock américain, loin de l’americana et du southern rock, trop réducteurs à leurs yeux. Le groupe Qui nous vient lui aussi de Californie et s’inscrit dans cette logique de musique déstructurée mais elle est mélangée à de la musique noise et punk. C’est ce qui fait son originalité.
Paul Christensen et Matt Cronk ont fondé le groupe en 2001 ; ils ont été rejoints en 2006 par David Yow, ex-membre de Scratch Acid et de The Jesus Lizard. Ensemble, ils font une musique expérimentale teintée de minimalisme instrumental : une batterie, une guitare.
Sur un thème récurrent, « Apartment » distille ses percussions et ses riffs monocordes de guitare accompagnés de bruitages pour devenir un recueil de musique déjantée qui s’appuie sur le chant spécial de David Yow. Il comporte essentiellement des percussions qui s’appuient sur un battement continu entrecoupé par des accords minimalistes de guitare.
« Today, Gestation » est un titre de facture un rien plus classique. Ici, le thème est plus riche et s’appuie sur un chant plus présent. Yow y tient la vedette par son chant déjanté qui défie les classifications. Les percussions hypnotiques sont bien présentes et tout le titre a des relents expérimentaux bien marqués mais sur une base rock. La fin est agrémentée de variations dans un registre de batterie plus étendu.
Avec « Gash », l’album prend une tournure un peu plus jazz et les improvisations vont bon train, avec des percussions qui dégagent une impression de musique tribale. Le chant part à son tour dans des improvisations pour se transformer en cris reproduits à une fréquence régulière pendant que la guitare distille des riffs puissants sur des percussions simples et métronomiques.
« Freeze » est à son tour une variation continue sur un thème rythmique régulier et très simple, permettant à la guitare de partir dans des distorsions accompagnées par une voix bizarre. La guitare à son tour donne le thème suivant, plus fou encore. La voix disjoncte pour donner libre cours à un tempo binaire enjolivé par des paroles biscornues et des rires forcés qui tombent volontairement à plat.
Dans un climat empreint de tristesse, « New Orleans » débute par un thème qui donne le signal à une tension oppressante, comme si on parcourait une ville sujette à une désolation totale après les événements qui l’ont secouée. C’est sans doute le meilleur plaidoyer jamais réalisé pour cette ville complètement abandonnée par les autorités et qui est livrée à l’arbitraire et aux gangs locaux.
C’est une tension permanente aussi qui préside à « A#1 », un titre qui a des accents orientaux mais qui se fixe sur une atmosphère telle qu’on en rencontre dans les villes industrielles. Les longues incantations vocales déclenchent un processus de pression soutenue qui se traduit par des percussions proches de celles qui président un cortège funèbre comme si on voulait relier ce titre au précédent par un brillant réquisitoire contre l’indifférence devant le sort de ces personnes !
« Willie the Pimp » est un titre déjanté de Frank Zappa, le modèle. La voix de David Yow se déchaîne comme pour rivaliser avec celle du maître de la musique d’avant-garde. Suivent des percussions particulièrement créatives sur lesquelles viennent se greffer la voix et les riffs de guitare.
Parfait exemple de morceau expérimental, « Belt » voit apparaître les arpèges de Paul Christensen et la voix chevrotante de David Yow, qui rappelle cette fois Captain Beefheart. Elles se détachent sur un feu d’artifice de percussions diverses à la fois déroutantes, lancinantes et enivrantes. Ce n’est pas son moindre mérite.
« Echos » (en français ?) est une version différente de « Echoes » de Pink Floyd sur l’album « Meddle ». Elle ne présente pas de plus par rapport à celle du groupe anglais et elle comporte des percussions répétitives interminables à la fin. Simple fantaisie qui n’ajoute rien au mérite de Qui (se prononce kwî).
Bon album de musique expérimentale dont le dernier titre laisse sur sa faim. Les trois derniers morceaux sont autant d’hommages aux pionniers d’une musique difficile d’accès mais qui revitalise le rock.
Pays: US
Ipecac / Southern Records / Bang! IPC93
Sortie: 2007/09/30
