SCHOOL OF THE ARTS – School of the Arts
School of the Arts est un petit « super-groupe » surprenant composé de T. Lavitz, Frank Gambale, Jerry Goodman, John Patitucci et Steve Morse. Il s’articule essentiellement autour de deux pôles distincts : Dixie Dregs et le Chick Corea Elektric Band.
Originaire de ce premier pôle, on retrouve le maître d’œuvre, T. Lavitz. Ce pilier de Dixie Dregs est un habitué des projets de belles carrures. Il les organise d’ailleurs lui-même à l’occasion. Il est reconnu en tant que claviériste de talent, compositeur inspiré et prolifique, musicien de sessions réputé. En groupe, il a aussi travaillé avec Jazz Is Dead et on le retrouve dans de notables associations ponctuelles, immortalisées sur CDs tels que « Endangered Species », « Cosmic Farm », « Boston T Party ». Tout cela sans parler de ses quelques albums solos dont je recommande l’élégant « Mood Swing » en 1991. Pour ce nouvel enregistrement, il a invité deux anciens partenaires : pour deux titres, Steve Morse, fondateur de Dixie Dregs, ancien de Kansas, patron du génial Steve Morse Band, collaborateur occasionnel recherché, actif depuis plus de dix ans maintenant dans Deep Purple, et, pour trois titres, Jerry Goodman, ex-Flock, violoniste décoiffant du premier Mahavishnu Orchestra jusqu’à son entrée en rébellion à la suite du claviériste tchèque Jan Hammer, auquel il s’unira directement après dans un projet commun avant de beaucoup papillonner, louant ses services à l’un ou l’autre (Styx, Dixie Dregs, Derek Sherinian, Joe Cocker, Toots Thielemans, …).
Originaire du second pôle, on retrouve trois anciens collaborateurs essentiels de Chick Corea à partir de la seconde moitié des années 1980. Car, après l’épopée de Return to Forever et à l’instar d’autres stars de cette époque, Chick Corea s’inscrit alors dans une entreprise de renouvellement plus profonde, avec son Elektric Band d’abord, son Akoustic Band ensuite, les orientant vers moins de folles exubérances. En conséquence et dans la foulée, Dave Weckl, John Patitucci et Frank Gambale incarneront aussi le repositionnement du genre. Cette union aura un impact important sur leur carrière respective. Outre cette longue collaboration avec Chick Corea, ils travailleront encore ensemble, à l’occasion, sur d’autres projets, toujours d’un beau calibre. Leurs enregistrements en solo seront nombreux et souvent intéressants ; un exemple pour chacun : « Synergy » pour Dave Weckl en 1999, « Raison d’Etre » pour Frank Gambale en 2004, John Patitucci pour John Patitucci en 1988.
Il est clair qu’avec un aussi bel attelage, les questions ne tournent pas autour du talent et des compétences intrinsèques de chacun, mais plutôt autour de ce qu’ils ont à dire ensemble. Bref, que va donner ce mélange théoriquement prometteur ?
Eh bien voilà ! Sans atteindre l’inoubliable, le résultat est satisfaisant. Si T. Lavitz sonne à l’occasion comme Chick Corea, il reste en général fidèle à une orientation qu’on pourrait qualifier de « Southern Jazz-Rock », à cheval entre Dixie Dregs, Little Feat et surtout Sea Level et son claviériste Chuck Leavell, également ex-Allman Brothers Band. Ces compositions tiennent la route, son jeu est riche et ouvert, sans débordements abscons. L’ambiance générale dégage une chaleur du « Sud ». Dans cet album acoustique, le piano ressort évidemment fort et la guitare de Frank Gambale demande parfois un peu plus d’attention lorsque l’ami T. est concentré sur son ouvrage. En tout cas et comme à son habitude, Frank Gambale n’est pas du genre « Pousses-toi de là que je m’y mette » comme son collègue Al Di Meola qui lasse parfois les plus courageux. Il évolue sans problème en retrait, s’axant alors sur une rythmique sage mais efficace, attendant qu’on lui rende la main. Et il sait la prendre. La pureté et la précision de son jeu font alors merveille avec une idéale ponctuation du piano. A propos de Steve Morse, il n’y a rien à dire de spécial. Il reste brillant mais n’apporte rien de plus que son collègue. Pour Jerry Goodman, c’est autre chose : trois titres auront suffi. Il met le feu aux poudres, sans devoir céder la place comme ce fut le cas dans Mahavishnu Orchestra, où tous jouaient sans fin avec des allumettes. Ici, tout l’espace lui est concédé pour ces explosions en solo. En tout cas, chez lui et dans son jeu, la marque du « Mahavishnu Orchestra » sera toujours indélébile. Il reste le seul de cette époque à ne pas avoir tourné la page. A la rythmique, John Patitucci évolue en technicien inspiré, sans rechercher l’effet et le gros son. Il n’alourdit jamais, il relance tout simplement. A l’opposé et comme à son habitude, Dave Weckl est spectaculaire et éblouissant. Il s’échappe dans tous les sens du début à la fin, sans jamais donner la sensation d’en faire trop. Il est de tous les coups.
En conclusion, un bon produit qui devrait impérativement conduire l’auditeur de ce CD à s’intéresser également plus profondément aux travaux antérieurs de ces virtuoses d’exception.
Les musiciens :
- T. Lavitz : Piano, Basse (3), Production & Compositions (sauf 7, 9)
- Dave Weckl : Batterie & Percussion
- Frank Gambale : Guitare acoustique & Compositions (7, 9)
- John Patitucci : Basses acoustique & électrique
- Jerry Goodman : Violon (2, 5, 8)
- Steve Morse : Guitare acoustique (3, 4)
Les titres (59’39) :
- « Fairweather Green » (5’29)
- « Not Time Flat » (4’49)
- « On Fire » (4’54)
- « Portrait » (6’19)
- « Like This » (4’55)
- « High Falutin’ Blues » (5’10)
- « Gambashwari » (5’03)
- « Dinosaur Dance » (6’09)
- « Teaser » (5’09)
- « A Little Mouse Music » (7’41)
- « Maybe Next Time » (3’58)
Pays: US
Magnatude Records MT-2315-2
Sortie: 2007/09/24
