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LEWIS, Jeffrey – 12 Crass Songs

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Décidément, cette année est très riche en créations inattendues de toutes sortes. Après Spoon et Animal Collective, voici le prince de l’anti-folk. Comme eux, il se produit depuis quelques années. A chaque occasion, nous en parlons sur le site dans l’agenda, les articles ou les chroniques. A l’origine, Jeffrey Lewis, né à New York de parents beatniks, est un dessinateur de bandes dessinées. Chez lui, point de TV et il se tourne tout naturellement vers le dessin et la musique underground pour se distraire. Ses amis le persuadent de faire de la musique alors qu’il n’y tient pas spécialement mais ça lui permet d’aller à la rencontre du public et de vendre ses dessins.

En solo, il sort « The Last Time I Did Acid I Went Insane And Other Favorites » en 2002 et l’année suivante, il sort « It’s The Ones Who’ve Cracked That The Light Shines Through ». En 2006, il sort un album avec son frère Jack : « City & Eastern Songs ». On voit tout de suite de quel bois il se chauffe : un humour acide et décapant, un non respect des règles et une répartie verbale impressionnante. Parfois, sur scène, il chante en tournant les pages de ses bandes dessinées car il aime raconter des histoires. Son site est un vrai régal pour les yeux.

Généralement, il se produit dans des salles petites ou moyennes et son show est désopilant mais ses outrances, qui ne sont jamais gratuites, suscitent la réflexion. Son humour intelligent et ses facéties iconoclastes sont des sujets d’inspiration pour Eddie Argos, le chanteur de Art Brut, qui en a fait son modèle absolu. Quant à Jarvis Cocker, qui sait de quoi il parle, il le considère comme le meilleur parolier vivant en Amérique actuellement.

Ici, Jeffrey Lewis interprète des chansons de Crass, un groupe anarchiste anglais né en 1977 qui a rudoyé la dame de fer herself. Avec quelques invités triés sur le volet, il en donne une interprétation très libre à la fois au niveau de la musique et des paroles et le résultat est littéralement génial. Pour rappel, Jeffrey Lewis vient de passer à Maastricht le 2 octobre et à Bruxelles, à la Chapelle de Boondael, le 5 octobre 2007 avec The Jitters (son frère Jack, David Beauchamp et Helen Schreiner). Il vient aussi régulièrement à Paris.

Les titres de l’album « 12 Crass Songs » ont été composés pour la plupart par Penny Rimbaud et quelques autres mais Jeffrey Lewis les a transformés et arrangés à sa manière. Il les chante, seul ou avec Helen Schreiner, sur un rythme monocorde pendant qu’il s’accompagne à la guitare et David Beauchamp intervient parfois pour les percussions. Sur « End Result », sa voix monocorde est axée sur les paroles, qu’il décline sans discontinuer en s’accompagnant à l’harmonica, au piano et à la guitare. The Babyskins et Helen Schreiner assurent les backing vocals.

Sur « I Ain’t Thick, It’s Just A Trick », les percussions sont prestées par David Beauchamp. On assiste ensuite à un dialogue alterné très rapide avec Helen Schreiner sur « Systematic Death ». Introduit par une voix parlée féminine, « The Gasman Cometh » est chanté sur un ton monocorde avec la guitare et d’autres bruits pour accompagnement. Son frère vient ensuite lui prêter main-forte au chant sur « Banned From The Roxy ». C’est ensuite avec un magnifique accompagnement à la guitare acoustique que Jeffrey chante sur « Where Next Colombus? », un des meilleurs morceaux de l’album. C’est le violoncelle qui assure l’autre partie de l’accompagnement avec les percussions de David Beauchamp.

Sur « Do They Owe Us A Living », il chante sur un rythme rapide mais les backing vocals en contrepoint sont de Helen Schreiner et Marie Elia. Sur « Securicor », le rythme des paroles est rapide et il joue de la guitare rythmique pendant que John Kessel tient la guitare lead et la basse. « Demoncrats » est un morceau triste dédié à un certain Tom Rapp et joué à l’orgue par JL, qui tient aussi la guitare lead pendant que chante Helen Schreiner. On entend aussi des bribes de phrases émises par une radio.

« Big A, Little A » part comme une comptine enfantine en voix alternée avec Helen Schreiner. On y retrouve John Kessel à la basse et David Beauchamp à la batterie. JL apparaît seul avec sa voix parlée sur « Punk Is Dead » avec un bel accompagnement à la guitare et au piano. C’est un des autres meilleurs morceaux de cet album haut de gamme. Cette fois, JL joue de la basse et chante sur « Walls (Fun In The Oven) », qui voit apparaître quelques comparses.

Excellent album, un des meilleurs de l’année, dans un style à nul autre pareil. Mais ce type est génial, quoi qu’il fasse. Le livret de l’album, par exemple, se déplie et est recouvert de dessins très colorés avec une dominante rouge et verte sur fond blanc. Le CD, lui, est recouvert d’une horloge. Le tout se glisse dans un emballage de carton qui comporte deux fenêtres. Celles-ci intègrent les images de personnages dans un monde virtuel représenté par les ordinateurs. Technologie peut-être mais quid du sort des moins bien nantis ? Brillant et politiquement percutant !

Pays: US
Rough Trade / Konkurrent RTRADCD414
Sortie: 2007/10/01

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