LOVED ONES (The) – Build & Burn
Si vous désirez savoir à quoi ressemble le « punk » quand il est bon, cet album vient à point nommé. Ce qui frappe d’emblée, c’est la rage, la sincérité et l’enthousiasme du quatuor. Ils font penser à Bruce Springsteen à ses débuts. Sur le plan musical, c’est à Green Day que le son de l’album fait penser. Ce n’est pas un « opera rock » mais sur le plan qualitatif, on n’est pas très loin du trio californien. A vrai dire, il n’y a guère de point faible sur cet album politique speedé et sur scène, le combo remanié doit valoir le déplacement.
Le groupe, formé en 2003 mais dont les membres ont un passé beaucoup plus long, vient de Philadelphie, un haut lieu du jazz, mais c’est aussi la ville des Burning Brides, de Daryl Hall et des Brecker Brothers, pour n’en citer que quelques-uns. Il a sorti un premier album très prometteur, « Keep Your Heart », en 2005. Celui-ci représente une évolution vers un élargissement des sources musicales, notamment la country et l’americana. En réalité, le groupe n’est pas figé dans un genre même si l’attitude du groupe et la dominante de l’album sont clairement « punk ».
Le groupe se donne à fond mais on doit se pencher avec attention sur des paroles très symboliques pour bien apprécier le travail de ces prolétaires révoltés. Il ne s’agit pas de pseudo nihilisme « à la Sex Pistols » mais d’une révolte contre le sort réservé à ceux qui travaillent très dur et qui peuvent perdre le fruit de leur travail en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, avec la guerre et les catastrophes naturelles en toile de fond.
A ce sujet, le très énergique « Pretty Good Year », qui met en évidence la duplicité et le mensonge des gouvernants, ne manque pas d’ironie : « Devrais-je me battre comme un couard ou foutre le camp comme un courageux ? ». Ou encore : « Il y a des mensonges qui séparent en deux camps / Mais il y a des boissons qui nous font tous danser ». On ne rigole pas tous les jours mais la révolte s’accompagne parfois de distance vis-à-vis des choses.
Cela se confirme avec « The Inquirer », un punk agressif, où la voix râpeuse de Dave Hause, sur fond de musique dominée par des guitares déchaînées, s’adresse à ses compagnons d’infortune pour les motiver : « Est-ce la peur qui vous empêche d’agir ? / Est-ce parce que vous n’avez jamais eu la parole que vous restez amorphes ? / Ou seraient-ce les pilules que vous prenez pour dormir ? ». Le chanteur sait ce que travailler dur veut dire ; pendant que d’autres paradent dans les salons où l’on cause.
Les riffs de guitare introduisent « The Bridge », un morceau qui évoque un sentiment partagé entre l’amour du travail bien fait de ceux qui bâtissent des ouvrages d’art et en même temps l’envie de tout détruire. Sur un tempo rapide martelé par un batteur déchaîné, « Sarah’s Game » évoque en filigrane le manque de reconnaissance sociale du travail manuel et le mépris dans lequel on maintient les petites gens. On retrouve ainsi l’esprit de « American Idiot » de Green Day.
Sur « Brittle Heart », un morceau également nerveux mais plus nuancé, on évoque les mauvais moments qui rendent plus fort, tandis que « Selfish Masquerade », un des rares titres plus doux, évoque les vantardises que l’on profère pour se rassurer et pour donner le change aux autres. A force d’attendre si longtemps ce qui ne vient jamais, on frise la folie. « 3rd shift » est une mise en garde contre le travail excessif qui coupe l’individu de sa famille et met sa santé en péril.
Chanté à tue-tête, « Louisiana » est plus branché actualité récente : on y évoque le courage de ceux qui s’évertuent à reconstruire leur ville dévastée malgré le fait qu’ils ont été trahis : le gouvernement est resté passif et on n’a rien fait pour les aider mais leur volonté de s’en sortir est la plus forte. « Dear Laura » est un morceau agressif qui parle de la guerre que l’on doit faire sans en être partie prenante tandis que « I Swear » est un morceau qui met en exergue l’amitié et l’amour inaltérables.
Le seul reproche que l’on peut faire à cet album coup de poing est sa durée un peu juste mais sa densité est telle qu’on est enclin à tout pardonner.
Pays: US
Fat Wreck Chords FAT 728-2
Sortie: 2008/02/04
