37500 YENS – Astero
Pas de doute en ce qui concerne le duo rémois 37500 Yens : on nage en plein dans un mélange de musique expérimentale, noisy, math rock, jazzy et post rock de qualité. Oui, tout ça à la fois. Du math rock, on remarque les phrases entrelacées, la densité et la complexité de la structure; du post rock, on peut retenir les influences jazzy fréquentes et les improvisations ; de l’expérimental, on peut observer les phrasés complexes, le refus des règles et l’aspect non commercial des morceaux ; du noise rock, on peut noter le son abrasif et puissant. Cela donne un remarquable album bien joué par un duo performant et doué pour ces compositions peu ordinaires.
Jud joue de la guitare, la pièce maîtresse ; il est parfaitement soutenu par la batterie de Frank. On peut dire que la symbiose entre les musiciens joue à fond et s’entend du début à la fin. « 37501 » est une oeuvre expérimentale qui comprend en même temps une touche jazzy et une partition de guitare peu banale, bien que répétitive. La complexité des rythmes et leurs changements fréquents sont autant d’éléments perturbateurs qui viennent déstabiliser les oreilles les plus averties, d’autant plus que la violence s’en mêle.
« Astero » commence en mode mineur mais d’emblée, la batterie impose son thème vivace et entraîne la guitare dans une sarabande seulement interrompue par les rythmes à contretemps. Le thème principal comporte des phrases répétées à foison pour mieux convaincre. Il n’y a point de structure classique couplet – refrain – couplet mais plutôt des improvisations sur un thème donné avec des variations parfois infimes. On tient là un morceau de grande qualité qui se laisse apprivoiser après quelques écoutes.
« Microphonie » est beaucoup plus guilleret et nerveux ; le jeu est nettement plus rapide et fait appel à la dextérité des deux musiciens, qui tirent brillamment leur épingle du jeu. Le batteur s’éclate et donne tout ce qu’il a dans ce morceau en apparence anodin mais qui étale sa complexité tout au long de ses 4 minutes 40. De nouveau, le rythme se transforme dans le sens d’une plus grande rapidité qui fait appel à la condition physique du batteur.
« Chapitres » démarre en trombe par les passes d’armes entre guitare et batterie qui laissent l’auditeur pantois. On n’en est pas remis que le rythme repart de plus belle pour se durcir sur un mid tempo plein de nuances et difficile à jouer. On est maintenant au cœur de l’effort des deux compères quand l’accalmie se glisse subrepticement entre deux tempêtes sonores que l’on ne peut ignorer. Vient ensuite le jazzy « Canard boîteux », au beau milieu d’une débauche de décibels soulignée par le saxo, qui y va de ses improvisations sauvages mais jamais gratuites au milieu d’un tonnerre de percussions. C’est sans conteste un des meilleurs morceaux de l’album, même s’il ne doit rien à la pop ou à une mélodie quelconque.
« Intérieur 1 » calme le jeu par ses improvisations sur un air de freejazz qui ne demande qu’à servir de véhicule musical et sonore en forme de leitmotiv pour les improvisations futures. A ce petit jeu, le batteur boit du petit lait et nous régale de son jeu irrégulier. Le morceau suivant, « Intérieur 2 », apparaît déjà beaucoup moins calme et fait appel à toute la dextérité des deux comparses. Epoustouflant ! Il s’ensuit un dialogue serré qui s’étale sur la durée du morceau, permettant à « The Sullivan’s Quartet » de démarrer sur un air enjoué que suit un thème saccadé aux sons répétitifs d’une guitare appliquée qui suit la batterie comme elle le peut. Après une petite accalmie où chacun reprend son souffle, le guitare repart de plus belle dans des envolées masquées par une batterie qui contrôle la situation quand soudain, une voix d’outre-tombe s’impose dans un marasme de bruit et de fureur.
Très bon album.
Pays: FR
Distile Records / Mandaï Distribution
Sortie: 2007
