HUSSEY, Wayne – Bare
Lorsque le chanteur d’un groupe sort un album qu’il a enregistré tout seul avec sa gratte sèche, on peut en général s’attendre à un grand moment d’ennui à subir la contemplation du nombril d’un gars dont on se rend compte que sans le barouf des guitares, basses et batteries derrière lui, il ne reste pas grand-chose. L’exercice est difficile, souvent cruel.
Ce premier effort tout à fait solo de Wayne Hussey, le très sous-estimé chanteur des défunts The Mission, échappe en partie à cette règle. D’abord en plaçant quatre reprises pas forcément prévisibles: « A night like this » de Cure, « With or without you » de U2, mais aussi le « God only knows » de Brian Wilson et le standard « My funny Valentine » ! Ensuite parce que Wayne est un très bon chanteur, qui sait placer de l’emphase là où elle peut servir la chanson et de la retenue là où c’est approprié, enfin parce que les chansons qu’il a composé ces 20 dernières années sont de bonnes chansons, qui tiennent debout avec ou sans électricité.
A part les reprises citées ci-dessus, l’album se compose de huit morceaux de Mission (plus « One thing leads to another », compo perso parue auparavant sur une compile du magazine D-Side) dans une version forcément très intimiste et souvent ralentie, avec de la guitare sèche, un peu de clavier et une discrète boite à rythmes.
Soyons honnêtes, sur la longueur, c’est un peu assomant et la version de « With or without you » ainsi que quelques autres chansons sont un poil larmoyantes, mais grâce à la fonction skip de la télécommande, on peut passer un excellent moment en compagnie de cet album. Certains morceaux sortent agéablement rafraîchis, notamment « A night like this », « Shelter from the storm », en version Mish, une bombe thermonucléaire dont on se rend compte ici qu’elle fonctionne très bien avec moins de décibels, idem pour « Absolution » et « Grotesque », deux des temps forts du dernier CD « God is a bullet ».
On s’intéressera beaucoup au final « One thing leads to another », car il semble donner des indices sur ce que Wayne Hussey nous réserve pour l’avenir: ce morceau est de loin le plus pêchu de l’album, plutôt planant ceci dit, mais plutôt comme du Spacemen 3 que comme du Tangerine Dream…
Dans les notes de pochette, Wayne demande notre indulgence et confesse qu’il s’agissait aussi de rejouer une dernière (?) fois des morceaux qu’il aimait afin de clôturer le chapitre The Mission. Pas besoin d’indulgence, l’homme a suffisamment prouvé sa valeur !
Pays: GB
Eyeswideshut Recordings EWSR001
Sortie: 2008
