HORSE FEATHERS – House With No Home
L’origine du nom de Horse Feathers, « plumes de cheval », est sujette à caution. Selon Justin Ringle, c’est une expression qu’il a entendue de son grand-père. C’est aussi un film déstructuré et anarchique des Marx Brothers réalisé par Norman McLeod. Ce n’était pas leur meilleur film, non plus, mais il faut croire qu’il a plu à quelqu’un. En tout cas, Justin Ringle, né dans l’Idaho, est parti à Portland, dans l’Orégon, où il a eu la chance d’être entendu par Peter Broderick, un multi-instrumentiste de talent qui, séduit par ses compositions, a arrangé ses chansons folk pour en faire un produit vendable tout en restant fidèle à leurs origines. Il est aidé par sa soeur, Heather, qui joue aussi de plusieurs instruments. Ainsi est né un petit chef-d’œuvre qui s’insinue adroitement dans le subconscient pour ne plus en sortir.
Dès le premier titre, « Curs In The Weeds », la voix mélancolique de Justin Ringle séduit. Elle rappelle un peu celle de Devendra Banhart dans ses moments les plus tristes. Le violon s’en donne à cœur joie et distille ses notes mélancoliques tout au long du morceau. Il cède le flambeau à la guitare acoustique au début de « Rude To Rile », relayé plus loin par ce même violon. Sur « Working Poor », c’est le banjo et le violon qui donnent un amalgame sonore des plus brillants et la virtuosité des musiciens sur « Albina » ne peut laisser personne indifférent. « A Burden » est un peu plus guilleret et la répétition du thème principal en fait un morceau de choix accompagné sur la longueur par un violon remarquablement joué. Mais c’est surtout ce climat nostalgique de douce rêverie qui emporte l’adhésion.
« Helen » est une remarquable chanson d’amour qui finit par s’incruster dans une zone réceptive du cerveau. Ce morceau lent parvient à capter l’attention par la grâce des cordes qui créent la tension. Le chant plaintif est aussi un élément qui génère la nostalgie en combinaison avec le violon joué pizzicato. Plus tard, les cordes reprennent le dessus pour terminer le morceau dans un foisonnement de sonorités plus joyeuses. « Father (Reprise) » est un autre morceau majestueux qui comporte une longue séquence jouée au piano mais Justin Ringle y joue aussi de la trompette. Toutes proportions gardées, « Heather’s Kiss » est un morceau plus enjoué et le violon est utilisé dans un registre intimiste différent du début. Le dialogue entre le piano et le violon est de toute beauté.
Avec le très lent « Different Gray », on retrouve la voix très plaintive de Justin Ringle accompagnée par un violon et un piano qui n’ont rien de joyeux. La mélodie est pourtant très belle et elle sauve le morceau de l’ennui. « This Is What » donne naissance à une musique enjouée qui tranche avec le climat de l’album. La mandoline transporte la musique sur un mode joyeux avant de céder la place à des harmonies vocales très soignées. « Father » est plus nostalgique dans sa conception et on en revient à l’utilisation des cordes : un violon, un alto et un violoncelle pour sceller le sort de ce magnifique album qui fait regretter la rareté relative du genre.
Pour apprécier cet album dont la pochette très dépouillée donne le ton et être séduit par sa beauté, il faut le mériter par plusieurs écoutes attentives. On découvre alors des éléments qui le font aimer petit à petit et il devient difficile de s’en détacher.
Pays: US
Kill Rock Stars Records / Touch And Go Records KRS495
Sortie: 2008/10/06
