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GILGAMESH – Another fine tune you’ve got me into

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Dans la nébuleuse du rock progressif anglais des années 70, la ville de Canterbury faisait office de Vatican, de Mecque, de Jérusalem, bref de centre de gravité ultime et de mètre-étalon, ayant engendré toute une colonie de groupes plus huppés les uns que les autres en matière de prog rock. Liverpool a eu ses groupes de beat, Londres ses groupes mod, Manchester aura ses groupes de new wave, Birmingham ses groupes de heavy metal, Canterbury est la capitale du rock progressif avec des combos de référence tels que Camel, Caravan, Gong, Hatfield & the North, National Health, Matching Mole, Egg, Robert Wyatt, Kevin Ayers et bien sûr, le plus grand de tous, Soft Machine.

Soft Machine, ce sont quelques grands noms de la musique progressive, dont Robert Wyatt, Daevid Allen, Kevin Ayers, Mike Ratledge et Hugh Hopper, décédé en juin dernier. C’est précisément du bassiste Hugh Hopper dont nous allons parler avec ce groupe Gilgamesh, un de ses nombreux projets après son départ de Soft Machine en 1973. Les associations de Hugh Hopper dans des groupes prog ou avec des musiciens de jazz-rock sont aussi nombreuses que les adieux à la scène de Johnny Hallyday. Avec Gilgamesh, Hugh Hopper joue en quasi-invité sur le second et dernier album du groupe en 1978. Ce combo originellement formé en 1972 par Mike Travis, Alan Gowen, Phil Lee et Steve Cook, avait réalisé un premier album en 1975, aux carrefours du jazz-rock et du rock progressif, en une fusion qui illustrait si bien la scène de Canterbury. N’ayant pu continuer dans cette voie, les quatre musiciens étaient retournés à d’autres travaux, avec notamment son leader Alan Gowen dans un séjour chez National Health, groupe comprenant également des anciens de Hatfield & The North.

Parti finalement de National Health en 1977, Alan Gowen allait remonter Gilgamesh avec Phil Lee, le batteur Trevor Tomkins (un vieux de la vieille de la scène jazz-rock) et Hugh Hopper. Le groupe sort en 1978 son « Another fine tune you’ve got me into », moins remarqué que le premier album mais néanmoins tout à fait intéressant, développant des ambiances jazzy toutes en porcelaine et en dentelle, subtiles comme des jeux de mots de profs de littérature latine et délicates comme des pets d’archiduchesses. L’album, avec ses sept titres et 37 minutes, n’est pas encore outrageusement long et évite à tout moment les pérégrinations laborieuses ou les concours de dextérité entre musiciens chevronnés. Hors de question de trouver ici un chanteur dans ces délibérés de ces jazzeux experts, et c’est tant mieux. Les claviers d’Alan Gowen président en permanence à la mise en place de mélodies fines et d’improvisations mesurées, néanmoins non dépourvues d’émotion. Nous ne sommes donc pas dans la pantalonnade heavy d’Emerson Lake & Palmer ou les niaiseries de Mike Oldfield mais dans de l’authentique jazz-rock progressif joué par des chefs qui savent ce qu’ils ont à faire.

Alan Gowen ne connaîtra malheureusement pas une longue carrière puisqu’il est emporté par une leucémie à l’âge de 33 ans, en 1981. Son excellente musique demeure pour que nous nous souvenions de lui avec regret. Le deuxième album de Gilgamesh est à nouveau disponible en CD grâce à la réédition faite par le label Esoteric Recordings, qui publie également un autre projet monté en son temps par Alan Gowen et Hugh Hopper, Soft Heap.

Pays: GB
Esoteric Recordings ECLEC 2126
Sortie: 2009/05 (réédition, original 1978)

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