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SOFT HEAP – Soft Heap

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Outre Gilgamesh et son second album de 1978, le label Esoteric Recordings publie également ces temps-ci le premier et unique album de Soft Heap, qui peut être considéré comme un super-groupe de la scène de Canterbury puisqu’il comprenait des membres issus de Gilgamesh, National Health, le Keith Tippett Group, Hatfield & The North et Soft Machine. Tous ces fleurons de la plus subtile des scènes progressives d’Angleterre dans les années 70 ont donné l’éphémère Soft Heap, dont le nom était évidemment destiné à rappeler au bon souvenir de Soft Machine, plus le mot heap issus des initiales des prénoms des quatre membres fondateurs : Hugh Hopper (Soft Machine), Elton Dean (Keith Tippett Group), Alan Gowen (Gilgamesh, Hatfield & The North) et Pyp Pyle (Hatfield & The North, National Health).

Ce quatuor sort en 1978 cet album éponyme chez la maison Charly, avec la ferme intention de faire revivre l’esprit et la lettre du Soft Machine des débuts, surtout de l’époque du quatrième album, à un moment où le groupe biberonnait au free jazz. N’oublions pas que Hugh Hopper a quitté Soft Machine en 1973 et que depuis lors, le groupe de Robert Wyatt et Mike Ratledge s’éloigne de la doctrine machinienne des débuts, quand le groupe se laissait aller à toutes les folies. La présence du saxophoniste Elton Dean, du Keith Tippett Group, n’est pas non plus sans influer sur un style de musique qui va beaucoup plus chercher dans le jazz que dans le rock progressif. Ceux qui connaissent le Keith Tippett Group retrouveront avec Soft Heap de saines références. Et bien sûr, les fans de Soft Machine trouveront aussi leur compte dans le free jazz de Soft Heap, beaucoup plus déstructuré que les morceaux que Hopper et Gowen composeront la même année dans un Gilgamesh reformé pour un deuxième album.

En effet, tout le monde semble en roue libre sur ce disque, avec un saxophone prêt à toutes les élucubrations coltraniennes, un clavier qui s’évade à tous bouts de champ et une batterie en liberté non-surveillée. Elton Dean compose « Terra nova », une folie jazzistique de dix minutes, et « Fara », un slow libidineux englué dans des cuivres racoleurs et poisseux. Alan Gowen est responsable de « Petit 3’s », un autre slow où le saxo sirote des notes suaves et le clavier dégouline, et « Short hand », une alternance de discipline et de joyeux merdier où Elton Dean prend la tête du chahut. Hopper commet quant à lui « Circle line », sept minutes de jeu de chat et de souris entre un saxo lunaire et une rythmique en perpétuelle ébullition, et le groupe signe collectivement « A.W.O.L. », un affrontement tendu entre la basse et la batterie.

Il ne faut pas avoir peur de perdre ses repères au cours de cet album improvisé et imprévisible, tout à fait dans l’air du temps des Seventies et de l’esprit jazz fusion de Canterbury. Une belle pièce à découvrir ou redécouvrir, en se souvenant de la mémoire d’Alan Gowen (disparu en 1981), Elton Dean et Pyp Pyle (disparus en 2006) et Hugh Hopper (disparu en 2009), ce qui fait de Soft Heap, à ma connaissance, le deuxième groupe après le Jimi Hendrix Experience à déplorer 100% de pertes parmi ses membres fondateurs. Memento mori…

Pays: GB
Esoteric Recordings ECLEC 2131
Sortie: 2009/05 (réédition, original 1978)

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