QANTUM – Les temps oubliés
Le rock français a de tout temps été sujet au dilemme de chanter en français ou en anglais, et cela dans un pays où la chanson est tellement ancrée dans la culture populaire qu’elle en bloque en général l’accès au rock, et ceci est d’ailleurs valable pour la Wallonie aussi. Ainsi, l’excellent chanteur français de rock Little Bob et son groupe ont toujours été cantonnés au succès pointu des connaisseurs, alors même que Johnny Hallyday est catalogué premier rocker français tout en pratiquant de la variété bien plus que du rock. Ne parlons pas de la dernière comédie musicale « Mozart, l’opéra rock », qui est autant rock que Mireille Mathieu est trash metal !
Ce n’est, par exemple, pas du tout le cas aux Pays-Bas où quantité de groupes rock sont supportés par les médias et dans lequel Golden Earring fait véritablement office d’institution, remplissant toutes les salles qu’ils visitent plusieurs fois hebdomadairement, que ce soit pour des concerts acoustiques ou électriques.
Les jeunes groupes français l’ont bien compris. Ils chantent aujourd’hui dans la langue de Shakespeare, non pour renier leur langue maternelle, mais parce qu’elle leur donne l’opportunité d’atteindre un public hors de leurs frontières et donc d’étendre ainsi leur audience au-delà des territoires balisés de la chanson. C’est le cas des remarquables Orenda, Amartia et tutti quanti, Gojira s’érigeant en paradigme de cette situation, au vu du succès qu’il rencontre sur la scène internationale.
Le groupe français Qantum a choisi de chanter en français sur son premier album, « Les temps oubliés », qui joue dans la cour des Ange et Mona Lisa. Musicalement, Qantum définit sa musique comme étant du progressif, influencé par le Genesis façon seventies, le Marillion millésimé eighties et le Galaad de la période des nineties. Et en effet, on a droit à un album de progressif servi par de bons musiciens (section rythmique qui groove bien) et des compositions substantielles. La durée des morceaux s’étale de circa 3 à 7 minutes, dégageant ainsi l’espace à des développements musicaux chers au genre progressif.
« Les temps oubliés » contient des moments bien enlevés, tels que le solo de guitare dans « Images d’enfance », une très chouette intro pour « Le voyage de l’espoir » ainsi que sa partie instrumentale tout en relief. La combinaison guitare et claviers fonctionne bien, les claviers s’octroyant les passages planants et plus fins, la guitare ceux plus rythmés et nerveux. « Milena » bénéficie aussi d’une belle intro, plus loin d’un solo à tonalité hard. D’une manière générale, les titres sont variés mais gardent une unité de ton. « Court Terme » et « Impressions fugaces » sont deux instrumentaux assez fins et très réussis, le premier à la guitare, le second au piano.
Le chant en français est juste, la voix est expressive, mais trop souvent dans le registre chanson et du coup s’installe une perception dichotomique qui pourrait desservir Qantum et son album : trop chanson française pour les amateurs de rock et trop musicale pour les amateurs de chanson. Ce n’est pourtant jamais mièvre vocalement, mais jamais fort non plus, on est loin de la puissance théâtralisée et habitée d’Ange, par exemple. Ainsi « Le temps des mages » démarre avec dynamisme, puis on tombe presque dans une comédie musicale à la française quand débarque le chant, avant qu’un solo de guitare plein de sève juvénile vienne nous remettre sur les rails.
Un choix stratégique qui risque d’engendrer un accueil mitigé, alors que les qualités musicales de cet album sont pourtant bien réelles.
Musiciens :
- Franck Foussard – claviers
- Thierry Locatelli – guitares
- Simon Tardif – batterie
- Bruno Vente – basse
- Jean-Marc Tesorio – chants
Liste des morceaux :
- Images d’enfance 03:57
- Le voyage de l’espoir 06:37
- Errance 05:09
- Milena 05:45
- Féerique utopie 07:07
- Court terme 03:02
- Le temps des mages 04:15
- Présage 07:41
- Impressions fugaces 02:46
Pays: FR
Musea Records FGBG 4838
Sortie: 2009/11/03
