ETRON FOU LELOUBLAN – Face Aux Eléments Déchaînés
Etron Fou Leloublan fut à la fin des années septante, début quatre-vingt, un des groupes pionniers de l’underground français. Le représentant français du mouvement Rock In Opposition créé par Chris Cutler et dont le représentant belge n’est autre qu’Univers Zero. Ce mouvement est proche de la Zeuhl et donc de groupes tels que Magma. Le groupe fut créé par Chris Chanet (saxophoniste et chanteur, alias Eugène Ruynat) et sorti un premier disque, « Battelages », en 1977.
« Face aux Eléments Déchaînés » est en fait le sixième (si on tient compte du « En Public Aux États-Unis d’Amérique » sorti en 1979) et dernier album du groupe, il est sorti en 1985. La formation se présente comme un trio, deux musiciens d’origine : Fernand Richard (basse, chant) et Guigou Chenevier (batterie, chant et saxophone ténor). La troisième comparse est Jo Thirion (orgue et chant). Chris Chanet a quitté le groupe en 1980.
La musique proposée par le trio est anticonformiste, basée surtout sur la rythmique, et en particulier une excellente ligne de basse, proche de ce que peut faire actuellement un Les Claypool ou Tony Levin (flatteur, non ?). La mélodie ne constitue pas de toute évidence la préoccupation essentielle de nos musiciens. L’ambiance est au délire, tant au point de vue musique qu’au point de vue textes. Il suffit d’éplucher les titres pour s’en rendre compte, exemples: « Comment choisir son infirmière » ou « Gifle Hubert ». Les délires verbaux rappellent ceux de Jacques Higelin ou d’Hubert-Félix Thiéfaine (pas mal non plus comme référence, n’est-ce pas ?). Mais là où les élucubrations des maîtres précités font franchement marrer, celles d’Etron Fou font simplement sourire. De plus chez Higelin et Thiéfaine, c’est structuré, il y a une logique. Ici, pas vraiment de fil conducteur (sauf sur « Lavées à la machine »), un peu schizophrénique en quelque sorte. Les morceaux sont dus à Ferdinand Richard, à l’exception de « Paris 65 » (Guigou Chenevier) et « Sous les draps » (Jo Thirion). Faute de mélodie, les textes sont en permanence déclamés et non chantés (contrairement encore à ceux des grands Jacques et Hubert), et ça finit par lasser.
Autre point négatif à mes yeux (et surtout mes oreilles), l’orgue de Jo sonne un peu trop « jouet », et le son en a mal vieilli. Bon, tant pis ! Quoi qu’il en soit, il y a de bonnes choses là-dedans, surtout rythmiquement (malgré une certaine pauvreté de développement des thèmes). L’originalité est également au rendez-vous. Ce disque n’est certainement pas un album d’île déserte, mais mérite tout de même que l’on y prête attention. Personnellement je ne connaissais pas ce groupe et je me pencherais volontiers sur les albums où figure Chris Chanet.
Pays: FR
Musea / Gazul GA 8663.AR
Sortie: 2009/11 (réédition, original 1985)
