ROOTWATER – Visionism
Le label Mystic Production a choisi de présenter Rootwater comme la réponse polonaise à System Of A Down. Certes, Rootwater distille, à l’instar de S.O.A.D, un métal moderne aux influences multiples, cependant, considérer cette excellente formation comme une vulgaire copie semble étrangement réducteur.
Ce groupe, formé à Varsovie en 2002, ne s’est pas donné de limites musicales. C’est ainsi qu’il fusionne, sur son quatrième album « Visionism », tout un patchwork d’influences aussi diverses que le hardcore, le trash, le black metal, le funk, l’indus, le folk, l’ambiant et le punk pour créer un clash métallique multiculturel des plus bouillonnants.
Il ne faut pas très longtemps à l’auditeur pour comprendre qu’il ne va pas s’ennuyer. Après une intro aussi grandiose que le gratte-ciel stalinien qui illustre la pochette, c’est « Venture » qui occasionne le premier d’une série de véritables chocs culturels. Le titre qui déboule tel un trash metal moderne au groove puissant est court-circuité par un break funk rock (basse slappée et chant presque rap) digne des Red Hot Chili Peppers. « Living In The Cage » quant à lui débute sur un riff black metal dont la violence est tempérée par un rythme de batterie ‘Led Zeppelinien’ et un synthé industriel. Le chant ressemble comme deux gouttes de salive à celui de Mike Patton à l’époque du « Angel Dust » de qui vous savez. « Closer » enfonce le clou de la ressemblance avec Faith No More à ceci près qu’il est truffé de parties de violons aux consonances folk. Folk toujours pour « Frozenthal » sur lequel apparaît une cornemuse plutôt déroutante pour un titre aussi inspiré par Patton, Bottum & Co.
« Freedom » donne enfin raison au label. Du pur System Of A Down, hardcore et furieux ! « Timeless » quant à lui propose une bonne dose de groove, assorti d’un break tribal et d’un final presque dance. « Realize », marie l’ambiance zen d’une cithare, à une guitare acoustique et un clavier arabisant. Calme et dépaysement garanti avant un « Follow The Spirit » décapant, à la fois funk, dance et métal, qui n’est pas sans évoquer le style déjanté de Mr Bungle. « Alive »est un titre plutôt froid et industriel. A l’opposé de son successeur, le schizophrénique « The Ministry », qui débute comme une salsa, passe par un riff métal lourdingue auquel s’ajoutent des cuivres et se termine de manière folklorique avec un accordéon slave.
Déroutant et jouissif à la fois. « Steiner » violent et truffé de percussions aurait pu être comparé à Sepultura si son refrain n’était pas été accompagné de parties orchestrales grandiloquentes. « Under The Mask », l’un des titres les plus violents de l’album, est suivi de « Visionism » sur lequel Rootwater a de nouveau bien du mal à cacher son admiration pour Faith No More. Pour « Haydamaka », le dernier titre qui vient clore en beauté cet album exceptionnel, les Polonais font appel au groupe folklorique Ukrainien Haydamaky et se lancent dans une sarabande infernale, mélange de métal festif et de folk slave.
Bien plus qu’un album de métal moderne ou de folk métal, « Visionism » propose une palette musicale où se côtoient tradition folklorique, fusions diverses et modernité métallique. Une expérience unique et décoiffante. À tester d’urgence.
Pays: PL
Mystic Production MYSTCD082
Sortie: 2010/03/08
