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SKIN ALLEY – Big Brother is watching you, The CBS recordings anthology

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Honte à ceux qui résument le rock progressif anglais à Genesis ou Yes. À la fin des années 60, cette scène explose en effet en dizaines de groupes désireux de concurrencer les leaders du genre, King Crimson, Van Der Graaf Generator, Soft Machine ou Caravan. Parmi toutes les sociétés de management qui se mettent en place à cette époque en vue de sortir plein de petits maîtres de la scène progressive, il faut compter sur la maison Clearwater, une société de production fondée par Richard Thomas et Max Taylor. Ceux-ci mettent sur le marché de petits combos efficaces comme High Tide, Cochise, les folkeux des Trees, sans parler de leur poulain le plus important, Skin Alley.

Ce groupe se forme en 1968 et passe par une importante série de changements de personnel pour se stabiliser finalement autour de Thomas Crimble (claviers, basse et chant), Bob James (saxophone et guitare), Krzysztof Henryk Justkiewicz (claviers) et Alvin Pope (batterie). La stratégie de Clearwater pour faire connaître Skin Alley auprès des maisons de disques potentielles est de leur faire jouer un maximum de concerts gratuits dans l’agglomération londonienne. Au cours d’un de ces concerts en août 1969 avec High Tide et Skin Alley, une formation inconnue du nom de Group X vient squatter le matériel et joue son premier concert : le public vient de faire connaissance avec le futur Hawkwind. Le célèbre DJ John Peel assiste à ce concert et permet à Skin Alley d’enregistrer un show radiodiffusé dans sa mythique émission sur Radio One.

Quelques compagnies pointent le bout du nez pour signer Skin Alley et c’est finalement CBS qui propose la meilleure offre. Le groupe entre en studio en novembre 1969 et couche sur cire de quoi faire un premier album à base de rock progressif et de jazz rock. Avant la sortie de cet album, CBS inclue tout d’abord la chanson « Living in sin » sur la compilation « Fill your head with rock » parue en 1970. Cette petite mise en jambes contribue à faire connaître un peu mieux Skin Alley, dont l’album sort en mars 1970, avec le single « Better be blind/Tell me » chargé d’appâter le public. « Skin Alley » est un bon album de progressif sans surprises, avec d’excellents moments comme « Living in sin » ou le très beau et mélodique « Tell me ». Des nappes d’orgues grandiloquentes et de subtils flûtiaux introduisent un « Mother please help your child » aux allures de blues saint-sulpicien. Du jazz progressif produit en grande pompe rappelle le Graham Bond Organisation ou les Artwoods (« Marsha »). « All alone » est un long slow dont la tristesse conviendrait parfaitement à une surprise-partie dans un funérarium. L’album se termine avec l’honnête boogie « (Going down the) highway », fortement enrichi en saxophones et orgues.

Ce premier album est très bien reçu par la critique et Skin Alley part le promouvoir en France durant le printemps 1970, dans une tournée qui met également en lice Kevin Ayers ou l’Edgar Broughton Band. CBS a suffisamment confiance en son nouveau protégé pour lui autoriser l’enregistrement d’un deuxième album. Le groupe entre aux studios De Lane Lea en juin 1970, avec le producteur Fritz Fryer et l’ingénieur du son Martin Birch (qui produira plus tard Deep Purple, Rainbow, Black Sabbath, Blue Öyster Cult, Whitesnake ou Iron Maiden : une légende). C’est précisément à ce moment que Thomas Crimble part chez Hawkwind et qu’il est remplacé par Nick Graham (ex-Atomic Rooster).

L’album « To Pagham and beyond » marque une orientation plus jazzy et plus improvisatrice que son prédécesseur progressif. Ce deuxième album contient trois longues jams qui lui donnent un aspect spatial : « Big Brother is watching you », « The queen of bad intentions » et « Take me to your leader’s daughter ». Le groupe reprend également le « Walking in the park » de Graham Bond, aboutissant à un contenu plus aventureux et plus libéré par rapport au premier album.

Skin Alley reçoit peu après l’enregistrement de son deuxième album une commande pour la bande originale d’un documentaire allemand sur le top-model Verushka. Le groupe enregistre des titres comme « Shower music », « First drug scene » et « Cemetery scene », dans un style plus funky qu’à leurs débuts. Ce film qui devait s’appeler « Stop Verushka » est finalement mort-né et la bande-son qui devait l’accompagner termine dans les oubliettes des bureaux de CBS.

C’est ce contenu fort intéressant constitué des deux premiers albums de Skin Alley et de ce projet avorté « Stop Verushka » qui constitue le double CD édité par Esoteric Recordings. On retrouve donc la première partie de la carrière de Skin Alley racontée dans un livret bien détaillé. L’objet est du plus haut intérêt pour les amateurs de rock progressif qui veulent découvrir d’excellents petits groupes qui auraient pu être une alternative à Genesis ou à Yes.

Pays: GB
Esoteric Recordings ECLEC 22243
Sortie: 2011/01/31

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