D PROJECT (The) – Big face
Voilà un album de prog qui rocke et qui déménage, mené par le Canadien Stéphane Desbiens, jeune prodige s’il en est et qui porte bien son nom.
Impressionnant, Stéphane Desbiens l’est à plusieurs niveaux. Ce jeune Québécois joue divinement de la guitare, des claviers, chante avec une présence marquante, compose avec talent et abat un boulot d’ingénieur du son et de producteur avec un professionnalisme consommé. Le résultat logique mais aussi logarithmique de ces qualités est un album de rock à la fois direct, symphonique et progressif qui fait montre d’une qualité supérieure et s’affiche comme son géniteur, c’est-à-dire impressionnant ! Pour info, Desbiens est aussi le chanteur et le guitariste du groupe progressif canadien Sense, avec lequel il a aussi enregistré 3 albums.
Avec 2 albums à son actif, « Shimmering lights » (2006) et « Sagarmatha Dilemma » (2008), Desbiens et son projet, efficacement nommé The D Project, édite donc avec « Big face » son 3e album, construit sur le thème d’une histoire vraie de l’ascension de l’Everest écrite par Maxime Jean en 2004, « Rêve ou réalité » et adaptée ici au niveau des paroles par le complice de Desbiens, Francis Foy. 9 titres et 51 minutes pour un rock progressif couillu, dans lequel Pink Floyd, Spock’s Beard, Flower Kings, King Crimson et Genesis laissent des traces. Pour autant, The D Project ne clone aucun de ces montres sacrés et présente une personnalité propre, tout comme transpire aussi ici le travail d’un vrai groupe basé sur Desbiens et l’excellente paire rythmique des frères Gosselin à la batterie et la basse.
« They » débute avec une intro imparable, pleine d’atmosphère, qui débouche sur un rythme groovy (la basse est ici tenue par un invité de marque, Tony Levin) et un refrain irrésistible, sur lesquels le chant puissant de Desbiens prend déjà toute sa mesure. Il y a aussi un sax qui occupe un break très « Blue note », et Desbiens qui se déchaîne à la guitare, ce qui donne une juxtaposition d’ambiances particulièrement réussie. Desbiens doit certainement rendre hommage à Bono tant sa voix est proche de celle du légendaire Irlandais dans le refrain du solide « So low ». Ce mec doit être un extraterrestre tant sa maestria au chant comme à la guitare ou aux claviers est bluffante, comme il le montre à nouveau dans le très beau « Anger I & II », plus calme, avec violoncelle, construit autour d’arpèges et qui fait penser à du Eagles mais en nettement mieux, sur plus de 9 minutes qui passent comme une lettre à la poste.
Changement de tempo et de chanteur dans « Big face » avec Bartek Kossowicz, l’excellent vocaliste du groupe polonais Quidam, pour un morceau tout en finesse avec intro sur lit de claviers, le genre de titre que vous auriez pu trouver sur le « Trick of the tail » ou le « Wind & wuthering » de qui vous savez. « Anger III » est nettement plus carré que son aîné I & II, plus court aussi, mais quelle pêche et une combinaison solo de guitare et rythme symphonique très réussie.
Tous les titres accrochent et tous échappent à un formatage somnifère, la durée des morceaux variant de 2’34 à 9’19. Il y a des chœurs cousins de ceux du cover « With a little help from my friends » de Joe Cocker dans « Macombo », une guitare flamenco et classique dans l’instrumental « Conspiracy » qui offre par la suite un groove auquel il est impossible d’échapper, des interventions et des soli de sax vraiment très inspirés et tout aussi réussis, du violon et du violoncelle, des breaks et développements instrumentaux qui font mouche à chaque fois. Bref, il y a du relief. Le superbe « Poussière de lumière » termine cet album avec Claire Vézina qui le chante en français et là aussi, c’est particulièrement abouti, avec une mélodie qui s’imprime rapidement dans vos lobes cervicaux.
Au final, « Big face » se révèle être un fantastique album de prog, énergique et subtil, symphonique sans être classieux, sans un temps mort et sans faiblesse aucune, mené par un musicien et chanteur très accompli qui est en même temps un compositeur de premier plan. Masterisé par Andy Jackson (ingénieur du son de Pink Floyd), le son est impeccable et la dynamique booste tous les titres sans exception. « Big Face » s’impose d’emblée comme un des top albums prog de 2011, qui devrait plaire à tous les amateurs de prog nerveux et qui bouge, ainsi qu’à tous les amateurs de rock énergique complexifié.
« Big Face », du prog qui rocke ! Un must, assurément !
Musiciens :
- Stéphane Desbiens – chant, guitare, claviers
- Mathieu Gosselin – basse, stick
- Jean Gosselin – batterie
- Sandra Poulin et William Foy – violons
- Myriam Boutin – violoncelle
- Isabelle Renaud, Claire Vezina et Francis Foy – chœurs
- Guest: Tony Levin – basse sur « They »
- Guest: Bartek Kossowicz (Quidam) – chant sur « Big face »
- Guest: Claire Vezina – chant sur « Poussière de lumière »
- Guest: Lalle Larsson – solo de claviers sur « Poussière de lumière »
- Guest: Jack Lavoie – chant sur « Macondo »
- Guest: Giozamy Arteaga – saxophone sur « Conspiracy » et « They »
Liste des morceaux :
- They 8:46
- So low 3:40
- Anger part I & II 9:19
- Big face 7:47
- Anger part III 2:34
- Don’t tell the kids 3:39
- Macondo 5:15
- Conspiracy 5:36
- Poussière de lumière 4:25
Pays: CA
Ozeta Productions OP005
Sortie: 2011/04/04
