TRANSATLANTIC – Bridge across forever
Ah! Chic! Un jeune groupe qui sort son deuxième disque en deux ans d’existence. J’aime bien, moi, découvrir les jeunes talents. Voyons de quoi celui-ci est capable.
Tiens, une intro au violoncelle, comme dans After Crying. Mais n’y a-t-il pas aussi un groupe américain qui fait ça? C’est beau, en tout cas, mais bref. Car démarrent immédiatement quelques thèmes de guitare mélodique assez «catchy» sur un fond heavy qui ne sont pas sans me rappeler le récent album d’un groupe suédois. Oh tout le monde se tait pour laisser enfin apparaître la voix du chanteur: un phrasé un rien speedé et synthétique sur une nappe de mellotron. Pétard! Ca me rappelle quelque chose, mais c’est vachement bien foutu et accrocheur, surtout quand les choeurs s’y mettent en compagnie de l’artillerie lourde à la batterie. Et mais c’est qu’ils chantent à plusieurs, en plus : c’est un autre qui se charge ensuite de cette superbe et atmosphérique mélodie agrémentée de quelques riffs à la Steve Howe. Pas pour longtemps, car démarre maintenant un solo d’orgue venu de nulle part, positionné sur un arrangement particulièrement heavy, et qui s’arrête comme si le morceau se terminait. Mais non, ça continue…
Ça continue, mais moi je m’arrête. Je m’arrête parce que le reste est à l’avenant, une suite de passages excellents, un patchwork de thèmes aussi intéressants que bizarrement successifs.
Que penser de ce jeune nouveau groupe? Que ses membres ont incontestablement les qualités intrinsèques nécessaires et suffisantes pour l’amener au firmament du ciel progressif, à condition de continuer à bien travailler, notamment au niveau de l’homogénéité des compositions et des sonorités, et d’arriver à se séparer progressivement des trop massives influences extérieures qu’on ressent encore à son écoute. A ces conditions, il s’agit sans doute du jeune groupe le plus prometteur de l’année! Mais ces «défauts» sont simplement ceux des groupes dont les musiciens ne se sont pas encore suffisamment frayés. Confiance, confiance, un peu de patience, continuez comme ça! Faites-nous plaisir encore! Le progrès est déjà très sensible par rapport au premier album en terme de cohésion, mais il reste du travail de ce côté là principalement.
Bon d’accord, j’arrête de déconner. Personne n’est dupe et tout le monde connaît le pédigree de ces Messieurs, avec un «M» majuscule d’ailleurs.
Pourtant je ne renie pas ma déconnade, cet album enregistré presque comme un «live» en studio risque bien malgré son côté «vite fait» de devenir une des oeuvres marquantes de l’année; la question vient d’elle-même, qu’en aurait-il été s’ils avaient pris le temps de composer ensemble, de peaufiner le positionnement des thèmes pour n’en retenir que ceux qui formeraient l’ossature de compositions sans failles ni temps faibles, de mélanger les ingrédients de la recette pour les sublimer en une alchimie nouvelle.
Je ne peux pas m’empêcher de penser que cet album, du reste magnifique et hautement recommandable au moins pour les deux morceaux de 25 minutes, disposait sans doute de tous les ingrédients pour devenir LA pièce maîtresse de ce début de siècle. Le seul ingrédient qui fut utilisé en trop faible quantité me semble être le TEMPS. Mais dans la société d’aujourd’hui, celle des fast-food, celle des fast-love et des fast-tout, le temps n’est-il pas justement notre plus grande richesse, celle qu’il nous faut préserver à tout prix?
Pays: US/GB/SE
InsideOut
Sortie: 2001
