WHITMORE, William Elliott – Field songs
William Elliott Whitmore a beau être né en 1978, on sent dans sa voix, dans son phrasé, dans ses chansons, qu’il est resté coincé quelque part à l’époque de la Grande Dépression des années 30, perdu dans un champ du Mississippi et chantant ses lamentations de chômeur à la recherche d’un modeste travail pour assurer sa subsistance.
La ruralité du folk blues de Whitmore est d’une authenticité telle que ce type semble être l’unique dépositaire du poids de l’histoire des malheureux qui ont alimenté la grande saga du blues et de ses tristes errances sur les terres de la poésie et de la douleur. Whitmore, c’est le retour du jeune Bob Dylan se frottant à l’expérience des vieux bluesmen du Delta, c’est la résurrection de Hank Williams ou la réapparition de Robert Johnson en plein milieu du fameux carrefour de routes où l’on vend son âme au diable. La voix traînante et râpeuse de William Elliott Whitmore ferait passer celle de Caleb Followill des surfaits Kings Of Leon pour un croassement de corbeau anémique et le dénuement de son instrumentation renvoie le blues de Seasick Steve à de la musique pompeuse et sophistiquée tout droit sortie d’un grand orchestre jazz.
On se doute bien que William Elliott Whitmore a déjà du métier et sa discographie le prouve puisque ce jeune monsieur aligne une huitaine d’albums en une dizaine d’années. La plupart de ces disques étaient sortis sur le label Southern Records mais depuis son avant-dernier disque « Animals in the dark » (2009), William Elliott Whitmore est passé chez le label Anti- (Nick Cave & The Bad Seeds, Marianne Faithfull, Solomon Burke, Wilco : du beau monde, quand même). Ici, sur ce « Field songs », William Elliott Whitmore aligne huit chansons à tomber par terre, des histoires de récolteurs de coton, de hobos battant la route sableuse à la recherche d’un petit boulot, des choses sur l’espoir d’envoyer un peu de fric à la famille restée loin après une dure période de travaux agricoles. Il n’y a qu’un banjo ou une guitare pour accompagner ces fables touchantes et vraies, ces chroniques de l’Amérique d’en bas, avec Steinbeck ou Faulkner qui remontent à la surface.
Redoutablement excellent, William Elliott Whitmore prend le contre-pied de notre époque bling-bling et vaine et nous balance des gifles chargées de simplicité et d’humilité. Avec la crise, ce genre de troubadours restés sur la route vont redevenir des héros.
Pays: US
Anti- 87138-2
Sortie: 2011/07/11
