ED WOOD JR – Silence
Ed Wood Jr revient avec son deuxième album qui suit sa première œuvre « Ruban de Möbius« parue en 2010. Avec « Silence », le duo électro rock lillois poursuit ses pérégrinations dans le défrichage de sonorités inventives, complexes et intenses. Ceux qui ont eu accès à « Ruban de Möbius » savent que les gens d’Ed Wood Jr cultivent à loisir le goût de l’étrange, de l’abscons et ne s’embarrassent pas de préoccupations commerciales pour élaborer leur musique, une association entre l’électronique et l’électricité au service de l’innovation.
Après la sortie de « Ruban de Möbius », Olivier Desmulliez et Thibault Doutriaux, les musiciens du groupe, s’étaient livrés à une réinterprétation de quelques titres de leur premier album sur le EP « Feats », rendant encore plus abrupts des titres qui étaient déjà bien râpeux. Avec le mal nommé « Silence », le duo ch’ti appuie davantage sur l’aspect abrasif, avec des guitares lourdes et angoissantes qui viennent combattre sans pitié une batterie énervée et technique. Là-dessus s’ajoutent des infiltrations vicelardes d’effets électroniques qui mettent l’auditeur à cran.
Par rapport à la première galette, Ed Wood Jr recentre les propos sur l’essentiel, c’est-à-dire des mélodies plus électriques et plus structurées, avec toujours le souci d’élaborer des cheminements musicaux variés, imprévisibles et sous-tendus par une violence latente. Chaque titre a sa personnalité propre, Ed Wood Jr commettant l’exploit de diversifier en permanence ses propos avec la palette limitée offerte par deux musiciens. Quand on est deux, il faut occuper plus de terrain, être sur tous les fronts, penser à tout et faire en sorte que l’infériorité numérique n’entraîne pas un appauvrissement des idées musicales. Avec Ed Wood Jr, on peut se rassurer en entendant une succession d’ambiances, entre tribalisme cybernétique (« Maila nurmi », « Babtrip »), électro noisy rachitique (« Minitel »), collages sonores (« Themeo »), choc des titans électro-métallique (« IVCV »), minimalisme dansant (« Walkwoman ») ou au contraire fabrications jazzy progressives lourdement plombées (« Oktobre »). Le chant est rare, mais contribue au malaise ambiant quand il intervient et le groupe se montre capable d’une symétrie exemplaire dans des constructions rigoureuses (« Glulisine »).
Ed Wood Jr confirme la haute tenue de son inspiration et il sera intéressant de voir ses performances scéniques. Le groupe étant de Lille, il est facilement visible de l’autre côté de la frontière, mais la bonne nouvelle est qu’on pourra le voir en Belgique, à Namur (au Belvédère le 12 novembre) et à Bruxelles (au Magasin 4 le 27 novembre).
Pays: FR
Swarm Records
Sortie: 2011/10/26
