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BJORK – Medúlla

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Björk Gudmundsdóttir est allumée. Mieux, elle est habitée. Folie ou génie ? Elle est habitée par une sorte de génie qui lui fait réussir tout ce qu’elle entreprend quand elle est en état de grâce. C’est à la fois le résultat d’une éducation basée sur la créativité la plus totale donnée par sa mère, qui a toujours encouragé le don très précoce de sa fille pour la musique, et le fruit d’un travail acharné.

Elle avoue s’inspirer du groupe allemand Einstürzende Neubauten et aime travailler avec Thom Yorke (Radiohead), qui a tiré le maximum de chansons qu’elle croyait perdues. Grâce à sa très forte personnalité, Björk a toujours tout essayé, notamment de marier la musique électronique avec les sons naturels.

Elle n’a pas hésité à voyager et faire voyager pour obtenir les sons des voix qu’elle cherchait. Ici, après avoir éliminé tout ce qui la gène, elle ne retient que les voix, pour les retravailler pratiquement toutes en studio en tirant les leçons des erreurs du passé. Cela rend cet album totalement inclassable.

Parmi les voix présentes ici, on notera celles de Mike Patton (Faith No More), qui donne des concerts sans musiciens et sans instruments avec Rahsel (Roots), qui se définit comme un percussionniste humain. Il y a aussi Tanya Tagaq Gillis, une canadienne qui se produit souvent sur scène avec Björk. Elle introduit le chant de gorge inuit dans un contexte très différent. Parmi les autres intervenants, citons Dokaka, percussionniste japonais.

A la programmation, on retrouve Valgeir Sigurdsson, qui travaillait déjà avec elle pendant les pauses du tournage de « Dancer In The Dark », de Lars Von Trier. Il partage le travail avec Mark Bell et Björk, qui supervise tout. Parfois, un autre spécialiste vient donner un coup de main.

« Pleasure Is All Mine » est chanté par Björk, Tagaq, Mike Patton avec The Icelandic Choir. On doit la rythmique discrète à Rahsel, la ligne de basse à Björk et le gong à Peter Van Hooke. C’est une musique aérienne sublime qui transperce jusqu’aux os et donne des frissons. Björk chante a cappella sur « Show Me Forgiveness ». C’est le dépouillement total, une prestation géniale et une classe folle.

Sur « Where Is The Line », on entend Björk, Mike Patton, Gregory Purnhagen avec The Icelandic Choir. Les beats sont prestés par Rahsel. A la programmation, en plus des habituels, il y a Little Miss Specta. C’est Björk qui chante en islandais avec The Icelandic Choir sur « Vökuró » (ou « Vigil » en anglais). La pensée s’élève, tout ce qui entoure paraît fade et banal et cela donne un résultat magique. Que c’est beau ! Björk chante et assure seule la programmation de « Öll Birtan » (ou « All The Light » en anglais). C’est très court mais le traitement donné apporte un plus incontestable. On est très loin des standards habituels.

Björk, qui manipule le bass synth, chante avec Tagaq sur « Who Is It ». Rahsel assure la rythmique et Matmos assiste ici les programmateurs habituels. Cela donne un résultat bizarre et enjoué à la fois sur le plan du rythme. Chanté par Björk et Robert Wyatt, qui doit apprécier de retrouver une démarche avant-gardiste entreprise avec Soft Machine première mouture, « Submarine » sonne étonnamment rétro. On doit la programmation à Valgeir Sigurdsson, qui traite les voix de façon assez phénoménale.

Musique éthérée, effets électroniques discrets, « Desired Constellation » est LE moment fort de cet album. C’est la voix divine de Björk que l’on entend avec The Icelandic Choir, très sobre et discret, tandis que la programmation est assurée par Olivier Alary.

« Oceania » est chanté par Björk avec The London Choir. Cela donne un résultat très différent du chœur islandais. Shlomo assure discrètement les beats et Nico Muhly joue du piano. Björk, Mark Bell et Valgeir Sigurdsson, qui s’occupent de la programmation, ont retravaillé des échantillons de la voix de Robert Wyatt. Tout cela participe à la beauté de cette musique qui semble défier le temps et l’espace et évoque en filigrane les légendes nordiques.

Björk chante avec The Icelandic Choir sur « Sonnets/Unrealities XI », basé sur un poème de E. E. Cummings. Là encore, cette musique, dépouillée pour les besoins du poème, semble venir de nulle part et parcourt les moindres fibres du système sensoriel pour mieux l’apprivoiser et se l’approprier. « Ancestors » est chanté par Björk, qui joue du piano et assure la programmation, et Tagaq. Cela se situe quelque part entre les chants traditionnels des inuits et la musique électronique.

Sur le très bon « Mouth’s Cradle », Björk et Tagaq chantent avec The Icelandic Choir, sublime de bout en bout. Rahsel s’occupe des beats et Mark Bell manipule le bass synth. Cet amalgame détonant donne un résultat magique. Et puis il y a ce message politique pour terminer :

I need a shelter to build an altar away
From all Osamas and Bushes

La beauté qui renvoie les protagonistes de la terreur à leur copie, ça ne se voit pas tous les jours.

Beaucoup plus court, « Midvikudags » est chanté par Björk, qui s’occupe aussi de la programmation avec Jake Davies. Björk chante sur « Triumph Of A Heart », où Gregory Purnhagen simule le trombone et où Rahsel et Dokaka assurent les percussions. Le côté rap hip hop accolé à des éléments rythmiques issus de la tradition japonaise est totalement inattendu et particulièrement bien choisi par la diva islandaise.

On tient là un des meilleurs, des plus déroutants et des plus hermétiques albums de l’année. C’est tout simplement époustouflant mais ce sera bien insuffisant pour être un succès commercial ! Tout le monde n’aimera pas ça, c’est sûr.

Pays: IS
Polydor 9867589
Sortie: 2004/08/30

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