ENABLERS – Blown realms and stalled explosions
Le nom du groupe pourrait laisser penser à un patronyme idéal pour une formation pop punk boutonneuse à peine sortie du lycée, mais les photos des Enablers que l’on peut trouver sur Internet révèlent tout de suite un quatuor de types aux visages fermés, plus tout à fait jeunes et au regard calme et froid des gens qui ont quelque chose de sérieux à dire. Ce groupe se forme à San Francisco au début des années 2000 et développe un style assez particulier à base de rock indépendant post-rock parsemé de noise et garni de paroles non pas chantées, mais récitées sur un ton calme et inquiétant. Cette formule, les puristes vont la reconnaître pour avoir écouté en des temps anciens des groupes pionniers comme les Américains de Slint ou les Italiens de Massimo Volume. Mais ce n’est pas parce que le style a été découvert une première fois qu’il est interdit de l’exploiter. Cependant, si cette règle existait et qu’elle était appliquée à tous les genres qui abritent des centaines de groupes dépourvus d’originalité surfant sur ce qui plaît au grand public, ce serait le paradis sur terre.
Donc, les Enablers explorent des sentiers déjà défrichés, mais suffisamment aventureux pour que l’herbe y repousse vite et qu’il reste intéressant de les mettre à jour de temps en temps. Joe Goldring (guitare), Kevin Thomson (guitare et basse), Pete Simonelli (chant) et Doug Scharin (batterie) en sont ici à leur quatrième album, qui fait suite à « End note » (2004), « Output negative space » (2006) et « Tundra » (2008). Tous ces albums ont mis en exergue ce style spoken word allié à un post-rock tantôt rêveur, tantôt rageur. « Tundra » était assez éclectique dans ce domaine et son successeur « Blown realms and stalled explosions » reste plutôt cantonné à un aspect plus recueilli de la musique des Enablers. Mais une chose est sûre, ce groupe est tout à fait intéressant et mérite que l’on écoute sa musique, ne serait-ce que pour se faire une idée.
Après un premier titre à mi-chemin entre Sonic Youth et Iggy Pop en mode crooner, l’album déroule une série de morceaux posés, à la colère contenue, à la poésie désabusée mais sincère. Les Enablers évoquent dans leurs titres des références ou des concepts que l’on trouve plus facilement dans les universités que dans les usines. Sur un même disque se retrouvent un général américain (« Patton »), un peintre italien naturaliste (« Morandi: Natura morta #86 ») et une rue du 18e arrondissement de Paris où vécut pendant la guerre l’écrivain Louis-Ferdinand Céline (« Rue Girardon »). Ce dernier morceau est d’ailleurs un petit coup de fouet au milieu de mélodies qui s’écoulaient relativement tranquillement depuis un moment. Il serait intéressant d’avoir les paroles précises de ces textes qui semblent fascinants d’un point de vue poétique.
Il est aussi nécessaire de prendre son temps pour goûter totalement au message des Enablers, qui associent une musique complexe et inspirée à des textes qui ne le sont pas moins. Ce groupe réussit quand même l’exploit d’obliger l’auditeur à s’asseoir et à se concentrer sur la musique. Le travail des Enablers n’est pas une musique de fond que l’on met pour s’aider à éplucher les patates, c’est un effort qui replace la musique au centre des débats, ce qui est déjà quelque chose.
Pays: US
Exile On Mainstream EOM 054
Sortie: 2011/05/23
