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HARVEY, P. J. – Uh Huh Her

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Affublée de son ancien batteur et percussionniste Rob Ellis et de Head, le co-producteur, Polly Jean Harvey nous livre un album bourré de personnalité et d’inventivité. Elle y joue tous les instruments sauf la batterie. Débarrassée en grande partie de l’influence de Patti Smith, flagrante surtout sur le plan vocal, notamment sur l’excellent « To Bring You My Love » (1995), P. J. nous livre ici un album entre blues, punk et rock qui frise le génie.

Le CD débute avec la basse tressaillante qui crée la tension sur « The Life & Death of Mr. Badmouth ». Ce titre parle d’un homme à la langue acérée dont la franchise excessive lui vaudra sans doute d’être rejeté par ses semblables car l’agressivité a son prix. Mais est-ce son souci majeur ? Ce qu’il recherche avant tout, c’est la paix intérieure.

Débutant sur un rythme sautillant, « Shame » est plus classique dans sa facture et plus enjoué dans la manière, à défaut de l’être sur le fond. La voix de Polly Jean va de la normale à des cris inattendus. C’est une chanson d’amour qui ne veut pas dire son nom. Excellent !

Karen O. ne ferait pas tache sur « Who The Fuck? », très déjanté et plein d’inventivité. P. J. y exprime son amour de la liberté et demande que l’on respecte ses droits. Féministes de tous bords, à vos calicots ! Le changement est en marche ! Plus classique, « Pocket Knife » est un magnifique titre lancinant dont la mélodie déroutante devient vite indispensable. Son jeu de guitare explosif est remarquable et celui de la basse est sublime. Les percussions y ajoutent un côté hypnotique irrésistible.

Parlant de sexe, cette fois, « The Letter » est de la même veine mais la plage se construit sur une musique plus sophistiquée et plus déconcertante, avec Head en backing vocaux. De nouveau, la basse est mise à l’avant-plan. Chanté très doucement, sur une musique lente parsemée de gimmicks qui en accélèrent presque le tempo, « The Slow Drug » s’immisce progressivement dans la mémoire pour s’y incruster et ne plus en sortir. C’est un des très bons titres de cet album qui n’en manque pas.

Evelyn Isaac assure les vocaux en arrière-plan sur le très court « No Child Of Mine », qui renoue avec le style et la voix nasillarde de Patti Smith, à qui Polly Jean doit beaucoup. Le déroutant « Cat On The Wall » est déjanté comme l’est « Who The Fuck? ». P. J. y met tout son cœur et tout son savoir-faire à la basse et au chant pour créer un morceau imparable digne de Sonic Youth. Le sexe y tient une grande place, si l’on ose dire …

Sur des percussions tribales très inventives, « You Came Through » est une mélodie irrésistible digne de « Pocket Knife ». Son rythme lancinant et son climat nostalgique mettent en valeur la belle voix de Polly Jean, prompte à saisir chaque occasion de briller de mille feux, aussi bien au niveau instrumental que vocal. Encore un titre excellent.

« It’s You » est une description de la peine endurée à la suite d’un amour perdu. Musicalement erratique, ce morceau exprime bien la déliquescence qui transforme l’être quand il est seul et qu’il doit vivre sans espoir. L’instrumental « The End » est un titre court mais lancinant qui sert de charnière où vient s’articuler la dernière partie de l’album.

Le ton de « The Desperate Kingdom Of Love » est très pessimiste et assez désespéré. Il est bien plus élaboré que le précédent et il énonce les conséquences d’un amour perdu. Elle le suivrait en enfer s’il le fallait, nous dit-elle. L’hiver approche, ce n’est peut-être pas une si mauvaise idée. « Seagulls » est un ensemble uniquement constitué du chant et des cris des goélands. Cette transition vaut beaucoup mieux qu’un blanc de même durée.

Evelyn Isaac assure les backing vocaux sur « The Darker Days Of Me & Him ». Polly Jean, elle, reste relativement discrète sur le plan vocal, pour une fois. Elle rêve d’un monde où l’homme ne la conduirait pas à la névrose, un monde sans chagrin et sans tromperie. Le tout se déroule sur une mélodie sublime accompagnée à la guitare acoustique.

L’amie de Marianne Faithfull, pour qui elle vient de composer quelques chansons, nous livre ici un album cru et sans fard, à l’image de la photo de couverture du livret, mais aussi sombre, brillant, très personnel et assaisonné d’une plage de sentiments variés. Cela va de la tristesse à l’agressivité en passant par la provocation et le dégoût. Très changeante, imprévisible, elle se livre sans retenue pour nous parler d’amour, de sexe et de la condition de la femme. Elle n’a sans doute pas fini de nous étonner.

Pays: GB
Universal Islands Records 986 6711
Sortie: 2004/05/31

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