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VARIOUS ARTISTS – Gunsmoke Blues (DVD)

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Au cours d’un week-end où ils n’avaient rien à faire, en novembre 1971, Link Wyler et son équipe, qui tournaient des séries cow boys intitulées « Gunsmoke TV », ont décidé d’aller filmer les chanteurs de blues qui passaient non loin de là.

Ce DVD, qui est issu de ce tournage retravaillé, réunit Willie Mae Thornton, mieux connue sous le pseudonyme de « Big Mama » Thornton, décédée le 25 juillet 1984, George Smith, connu sous le nom de George « Harmonica » Smith, décédé le 2 octobre 1983, Joseph Vernon Turner, alias Big Joe Turner, mort le 24 novembre 1985, et McKinley Morganfield, a.k.a Muddy Waters, mort le 30 avril 1983. Tous ont à peine atteint la soixantaine sauf ce dernier.

Il montre un concert mémorable donné à Eugene, Oregon. On y voit « Big Mama » Thornton chanter successivement « Early One Morning » et « Ball And Chain », rendu célèbre par Janis Joplin.

Sur « Early One Morning », Big Mama Thornton, avant d’entrer en scène, se met en condition en jouant de l’harmonica. On remarque d’emblée son sens inné du rythme et, dès qu’elle se met à esquisser un pas de danse, elle communique son envie de bouger et on a peine à rester en place. Elle est accompagnée par un combo dont les membres ne sont mentionnés nulle part mais ça ne les empêche pas d’être bons. Willie Mae n’a pas son pareil pour mettre de l’ambiance et son visage est très expressif. On passe d’un sourire communicatif à un regard soucieux en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire.

Avec « Ball And Chain », on entre dans d’autres considérations. En effet, c’est Janis Joplin qui en a fait un succès planétaire. Big Mama Thornton chante parfois avec deux micros et ne se prend pas du tout au sérieux. Son sens du rythme est incroyable de même que sa voix. Le groupe qui l’accompagne comporte une guitare, une basse, une batterie, un saxophone et un piano.

On retrouve dans un taxi Muddy Waters, très taiseux, Big Mama Thornton, très volubile, son compagnon Big Joe Turner, bien en voix et très enjoué, et sans doute Link Wyler, le réalisateur, qui intervient de temps en temps.

C’est ensuite au tour de George « Harmonica » Smith de jouer « Juke » sur un rythme échevelé, de sorte que les musiciens semblent avoir peine à le suivre. Les trilles du piano sont rares mais bienvenues. On est là pour s’amuser. Très dynamique et farceur invétéré, il fait semblant de quitter la scène tout fâché, pour laisser apparaître un grand sourire ensuite.

Il entame « Leaving Chicago » sur un rythme très lent et on assiste principalement à un dialogue entre l’harmonica et le piano, pendant que la rythmique et la guitare remplissent discrètement leur rôle à la perfection.

On retrouve la chanteuse et les chanteurs dans le taxi pour l’interview de Big Joe Turner, cette fois. Toujours aussi « grande gueule », il raconte sa rencontre avec Big Mama. Elle lui a demandé pour chanter et il a refusé. Sur l’insistance d’un comparse, il est parti boire un verre mais s’est arrêté en l’entendant chanter. Elle était toute jeune et avait un culot monstre. Une petite coquine, dit-il.

C’est maintenant Big Joe Turner qui chante ce qui s’apparente à du rock ‘n’ roll, dont il est un des créateurs. D’abord « Hide And Seek », avec le saxophoniste en vedette, où Big Joe s’avère un showman accompli. C’est ensuite « Shake, Rattle And Roll », bien connu et beaucoup plus rythmé encore.

On retrouve de nouveau tout ce petit monde en taxi. Cette fois, c’est Muddy Waters qui est sur la sellette. Il a été élevé par sa grand-mère. Il devait travailler, comme ses frères et soeurs, dans une plantation. C’était dur, dit-il. Il a débuté la musique à neuf ans. Il est passé à la guitare à seize ou dix-sept ans, il ne se souvient plus.

C’est enfin Muddy Waters, né McKinley Morganfield qui chante successivement « Mannish Boy », « Long Distance Call », « (I’m Your) Hoochie Coochie Man » et « Got My Mojo Working », au rythme très rapide. Son chant et son jeu de guitare ne s’accommodent pas de gestes inutiles : la qualité d’abord, le show pour ceux qui veulent. Lui, ce n’est pas son propos ; ce n’est certes pas un showman, mais quel talent et quelle classe !

Vient ensuite « So Long », chanté et joué par Muddy Waters, Big Mama Thornton, Big Joe Turner et George « Harmonica » Smith. Ainsi se termine le show.

C’est grâce à Alexis Korner, pionnier du blues en Angleterre, que ces musiciens ont été découverts en Europe. Les disques venaient par bateau, notamment à Liverpool. Il les a fait connaître à de jeunes musiciens anglais des seventies et non des moindres : The Animals, The Yardbirds, Them, The Rolling Stones, The Beatles, The Who, et bien d’autres. Ce sont ces jeunes anglais qui ont popularisé des bluesmen pratiquement tombés dans l’oubli. Muddy Waters, par exemple, était devenu peintre en bâtiment.

Ce DVD très bien retravaillé a donc l’immense mérite de faire découvrir leur talent dans d’excellentes conditions visuelles et acoustiques, même si les moyens techniques n’étaient pas comparables. On ne saurait trop remercier les promoteurs de ce projet.

En bonus, il y a les « Complete Performances » où on voit et entend Muddy Waters chanter « She’s 19 Years Old » et « Walking Thru The Park », disponible sous trois angles de prise de vue différents. Puis c’est le tour de Big Mama Thornton qui chante « Rock Me Baby » et une autre composition très connue, « Hound Dog », bien avant Elvis Presley. Devenu célèbre, celui-ci n’a jamais voulu le chanter avec elle malgré sa demande.

Viennent ensuite trois « Audio Tracks », « Night Time Is The Right Time » et « Who Shot My Baby / Rebecca », chantés par Big Joe Turner, puis une version extraordinaire de « Summertime » à l’harmonica par George « Harmonica » Smith.

On peut voir enfin les « Interviews » déjà passées comme transitions pendant le show principal.

Ce CD aura le mérite de plaire aux puristes, contents de retrouver des artistes de légende, aux admirateurs des grands groupes des sixties, qui retrouvent des chanteurs de blues tant admirés par ceux qui les ont fait connaître, et aux jeunes, qui ont l’occasion de découvrir les origines du Rock ‘n’ Roll et du Rhythm ‘n’ Blues. Un must pour tout amateur de bonne musique un tant soit peu sérieux !

Pays: US
Hip-O Records / Universal B0002714-09
Sortie: 2004/10/13

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