CD/DVDChroniques

BIG BROTHER & THE HOLDING COMPANY – Live at the Carousel Ballroom 1968

Notre évaluation
L'évaluation des lecteurs
[Total: 0 Moyenne: 0]

Les images d’Épinal présentent désormais Janis Joplin comme l’une des plus grandes chanteuses de soul et de rock ayant illuminé les années 60 psychédéliques de son incroyable voix. On ne se souvient que d’elle, mais il ne faut absolument pas oublier qu’elle débuta sa magnifique et trop courte carrière au sein d’un groupe qui est aujourd’hui considéré comme l’un des quatre pieds de la table ayant soutenu toute la scène psychédélique de San Francisco entre 1966 et 1970. Il y eut Grateful Dead, le Jefferson Airplane, Quicksilver Messenger Service et enfin ces indispensables Big Brother & The Holding Company, troupe de baladins lysergiques et électriques ayant fait la courte échelle à Janis Joplin pour la laisser accéder au temple des légendes éternelles du rock.

L’association entre Janis Joplin et Big Brother se fit un peu par hasard. Janis est texane et vient s’aventurer sur la côté Ouest des États-Unis dès 1963, où elle traîne avec des musiciens folk qui comptent à cette époque Jorma Kaukonen, futur Jefferson Airplane. Elle repart au Texas juste pour refuser une place au sein des mythiques Thirteenth Floor Elevators et elle retourne à San Francisco, où elle finit par rejoindre une bande de lurons rechapés par les drogues et le soleil brûlant du désert. Parmi eux, le guitariste James Gurley a appris la guitare seul au milieu des cactus et des chacals. Avec ses camarades Peter Albin (basse), Dave Getz (batterie) et Sam Andrew (guitare), il défriche les premiers arpents de ce rock acide qui va fonder les bases du psychédélisme. Le manager de Big Brother & The Holding Company, Chet Helms (concurrent du fameux Bill Graham dans la gestion des plus prestigieuses salles de concerts de l’underground san franciscain) a l’idée de proposer à ses ouailles d’intégrer une chanteuse, pour faire comme l’un des groupes les plus en vue de la ville, Jefferson Airplane.

Big Brother & The Holding Company prend donc son envol en 1967 avec Janis Joplin derrière le micro. La chanteuse imprégnée de blues et de soul et son groupe de musiciens pionniers vont commettre l’un des albums les plus importants du psychédélisme californien, américain et tout simplement mondial : « Big Brother & The holding Company, featuring Janis Joplin ». Cet album sort d’abord sur le petit label Mainstream avant d’être racheté par Columbia qui voit ici un moyen juteux de surfer sur la vague psychédélique alors en pleine explosion. Le Summer Of love est à son zénith en 1967 et Big Brother est une figure familière des concerts et festivals qui marquent la vie de la communauté hippie californienne. La présence scénique de Janis Joplin fera de Big Brother une attraction recherchée et le talent du groupe est gravé à jamais dans le marbre que constitue l’album live « Cheap thrills », un classique imputrescible de l’histoire du rock.

L’association de Janis Joplin et de Big Brother tourne court dès 1968 et la Janis part faire la carrière solo que l’on sait. Big Brother survit avec quelques autres albums intéressants jusqu’en 1972. Avec le temps, des enregistrements live du Big Brother avec Janis Joplin ont été exhumés. On se souvient de « Cheaper thrills » en 1984, d’un live au Winterland de San Francisco sorti en 1998, entre autres. Voici maintenant un concert enregistré au Carousel Ballroom de San Francisco le 23 juin 1968 qui va rajouter de nouvelles pièces au dossier Janis Joplin. Ce live est intéressant à plus d’un titre. D’abord, il propose treize chansons prises à chaud, sans bricolage et montrant le groupe au mieux de sa forme. Ensuite, c’est un enregistrement effectué à l’époque par le mystérieux Augustus Owsley Stanley III, dit « The bear », qui fut une figure incontournable de la scène psychédélique californienne. Non seulement roadie de Grateful Dead, Owsley est chimiste à ses heures et sera responsable de la fabrication de millions de pilules de LSD qui vont inonder tout l’Ouest américain et répandre le voyage mental dans toute la communauté musicale de l’époque, musiciens et auditeurs.

Owsley est décédé l’an dernier, mais il a eu le temps d’écrire la préface du livret de ce magnifique live qui inclut tous les classiques de Big Brother & The Holding Company avec un son qui fait rêver. « Combination of the two », « Summertime », « Call on me », « Piece of my heart », un phénoménal « Ball and chain » de neuf minutes ou « Down on me » s’animent à nouveau dans nos tympans, semblant abroger le temps et faire ressurgir dans le présent l’immensité psychédélique qu’était Big Brother et la truculence géniale de Janis Joplin. On sent surtout que Big Brother n’était pas un groupe servant de faire-valoir à une chanteuse, c’était une formation homogène, compacte, sachant distiller un délire électrique magnifique. James Gurley, également décédé il y a quelques années, était un guitariste exceptionnel qu’il faut absolument redécouvrir, surtout en concert. Ça tombe bien, ce live (infiniment mieux produit que le « Cheap Thrills » de 1968) est là pour ça.

Pays: US
Columbia / Legacy 88697964092
Sortie: 2012/03/12

Laisser un commentaire

This website uses cookies to analyze site traffic and improve your experience. By continuing to use this site, you consent to our use of cookies.