ROBSON, Giles & THE DIRTY ACES – Crooked heart of mine
Il fut un temps où les Anglais avaient damé le pion aux Américains en matière de blues. Les années 60 furent en effet celles du British Blues Boom, voyant apparaître sur scène des groupes anglais qui ont écrit les tables de la loi blues : John Mayall, Alexis Korner, Fleetwood Mac, Savoy Brown, Chicken Shack, Climax Chicago Blues Band, John Dummer Blues Band, Groundhogs, jusqu’à Free, Jeff Beck et Led Zeppelin en guise de transition vers le hard rock des années 70.
Cet esprit anglais, qui semblait avoir disparu depuis longtemps avec la reprise en main du blues par les artistes américains, revient en triomphateur avec Giles Robson & The Dirty Aces, une formation britannique qui a retrouvé le secret du mélange magique du Chicago blues et de la touche anglaise. Giles Robson et son équipe sonnent en effet comme du Savoy Brown capturé en 1969 et ramené au 21e siècle. La voix de Giles Robson n’est pas sans rappeler celle de Chris Youlden, un temps chanteur de la légendaire formation anglaise. Mais le jeu d’harmonica de Giles Robson est unique au monde et porte le bonhomme dans les rangs des meilleurs harmonicistes de la planète.
L’album « Crooked heart of time » qui sort ces temps-ci nous propulse dans une dimension blues à facettes multiples. On n’échappera pas au blues anglais typique des années 60 (« The mighty incinerator », « Swindler for you ») mais on ira aussi se perdre dans la mélancolie rurale des pionniers (« Crooked heart of mine », « Hometown », un instrumental où l’harmonica semble parler) et se mesurer à du boogie artisanal travaillé à la main (« Magic tricks »). Mais Giles Robson convoque également des géants musicaux en intégrant dans sa musique des influences héritées de Tom Waits, Bob Dylan, Sonny Boy Williamson, Django Reinhardt, Elvis Presley ou Howlin’ Wolf. Autrement dit, le certificat d’authenticité vous tombe sur les pieds dès que vous ouvrez cet album.
Il faut dire que Giles Robson est en bonne compagnie pour réaliser cet excellent album : Ian Jennings (basse), Filip Kozlowski (guitare) et Mike Hellier (batterie) viennent verrouiller les rythmiques et ne laissent rien au hasard. Mike Hellier est un vétéran de la scène londonienne avec son groupe Wamma Jamma et son expérience de manager des Detonators. Ian Jennings a un album solo à son actif, paru en 2008, et on lui doit d’innombrables sessions studio pour le compte d’artistes gigantesques comme Jimmy Page, Eric Clapton ou Carl Perkins. Quant à Filip Kozlowski, il joue avec Giles Robson depuis 2007 dans ce groupe des Dirty Aces qui commence à sérieusement faire parler de lui dans la Perfide Albion.
Puisque les Anglais se rendent à Giles Robson et remettent leur destin entre ses mains, je ne vois pas de raisons qui nous empêcheraient de faire la même chose. L’album « Crooked heart of mine » est une belle opportunité de se mettre à la disposition de Monsieur Robson.
Pays: GB
Blues Boulevard 250309
Sortie: 2012/03/30
