RUNDGREN, Todd & UTOPIA – Disco jets
Si vous cherchez du prévisible, de la sécurité musicale et du terrain bien balisé, vous ne serez pas à l’aise avec Todd Rundgren. Peu de musiciens ont été aussi versatiles que lui, mais il a une excuse : c’est un génie. Todd Rundgren a touché à tout au cours de sa prodigieuse carrière débutée au milieu des années 60 et toujours en cours aujourd’hui. Du rock psychédélique (son premier groupe Nazz), au heavy rock, en passant par la pop, le rock progressif ou même la bossa-nova, Todd Rundgren n’a pu s’empêcher d’explorer d’incommensurables arcanes de la musique, quand il ne produisait pas d’autres groupes (de Grand Funk à Meat Loaf et XTC, pour vous donner une idée de la palette). Sur le disque qui nous intéresse ici, le bon Todd n’a pas trouvé d’autre idée que de faire du disco, vous voilà prévenus.
Au plus fort de sa carrière solo dans la première moitié des années 70, Todd Rundgren monte Utopia, un groupe résolument progressif, le genre classique façon Yes, King Crimson et tout le toutim. Un premier album du nom de « Todd Rundgren’s Utopia » voit le jour en 1974 puis en 1975, Todd Rundgren retourne à ses projets solo avec l’album « Faithful », qui reprend des chansons classiques du répertoire rock et pop. Rundgren a conservé pour cet album la plupart des musiciens d’Utopia, à savoir John Siegler (basse), Roger Powell (claviers et chant) et John « Willie » Wilcox (batterie). À la suite du succès de « Faithful » en avril 1976, il vient à Todd Rundgren une idée folle : enfermer son groupe en studio le temps d’un long week-end et enregistrer un album quasi instrumental de rock disco complètement assumé, basé sur des génériques de feuilletons de science-fiction et de ce qui passait en radio du côté de la pop grand public.
Utopia couche donc sur bande ce « Disco jets » qui se veut tout sauf sérieux. Todd Rundgren avouera plus tard s’être marré pendant trois jours. Cet album n’a donc aucune prétention commerciale et il restera d’ailleurs dans les tiroirs pendant près de 25 ans avant d’être édité uniquement au Japon en 2001. Le label Esoteric Recordings renfloue aujourd’hui cet objet sonore non identifié et le soumet en priorité aux fans inconditionnels de Todd Rundgren, à ceux qui aiment le disco et aux amateurs de pantalonnades musicales associant des genres incompatibles entre eux.
Entre la reprise du générique de « Star trek » façon disco et l’accumulation d’extraits d’hymnes nationaux englués par des synthétiseurs de ducasse sur « Spirit of 76 », l’album « Disco jets » est une diversion rigolote dans l’œuvre de Todd Rundgren. Trop imbécile pour être un disque de rock et trop fanfaron pour être sérieusement disco, « Disco jets » oscille entre caricature et blague de potache entre musiciens. On en tirera le meilleur profit lors d’une teuf bien déconnante, histoire de mettre de l’ambiance et de surprendre son petit monde. Par contre, si vous espérez impressionner les fans de Michael Jackson ou des Village People avec cet objet, vous risquez la désillusion sévère. Mais quand même, ce Todd Rundgren, quel fou génial…
Pays: US
Esoteric Recordings ECLEC 2319
Sortie: 2012/03/26 (réédition, original 1976)
