LE BON, Cate – CYRK
Originaire de Penboyr, dans le pays de Galles, et désormais opérationnelle à Cardiff, Cate Le Bon affirme sa fierté de Galloise dès son premier EP « Edrych yn llygaid ceffyl benthyg », traduit en anglais sous le nom de « Looking in the eyes of a borrowed horse », expression que l’on pourrait traduire par notre proverbial « à cheval donné, on ne regarde pas la bouche ». Bienvenue dans votre première leçon de gallois. Galloise, Cate Le bon l’est aussi par son accent, qui rappelle celui d’un autre Gallois célèbre, John Cale du Velvet Underground.
Le parallèle avec le Velvet Underground poursuit Cate Le Bon dès la sortie de son premier album, un « Me oh my » folk psychédélique arty et décalé, paru en 2009. Avant cela, Cate Le bon avait eu l’occasion de faire grandir sa réputation naissante sous l’aile protectrice d’un autre groupe gallois bien connu, Super Furry Animals, et particulièrement son leader Gruff Rhys. Celui-ci l’emmène dans ses pérégrinations live en 2007 et lui trouve une place de choriste sur l’album « Stainless style » de son autre projet Neon Neon en 2008.
Pour poursuivre dans l’association d’idées Pays de Galles = John Cale = Velvet Underground, on peut se souvenir que le Velvet Underground, c’était aussi la chanteuse Nico et sa voix de vestale germanique rêveuse et mécanique. On retrouve un peu de cela dans la gorge de Cate Le Bon, impression confirmée par son deuxième album « CYRK ». Cet album libère des forces psychédéliques, folk, pop cotonneuse et électro ouatée qui semblaient avoir disparu avec le dernier album du Velvet.
L’ambiance générée par « CYRK » renvoie à la fois à un Velvet décortiqué, mais aussi au Pink Floyd des tout débuts, quand Syd Barrett plaçait sa voix étrange sur des comptines décalées. Ce que l’on distingue avant tout chez Cate Le Bon, c’est cette voix pointue mais en même temps teinté d’obscurité, comme celle d’une enfant qui appelle au secours en plein milieu d’une forêt dense et inquiétante. La pop sautillante qui ouvre l’album avec « Falcon eyed » laisse vite la place à un minimalisme timide et angoissé (« Julia », « Greta »). Des cuivres lointains rappellent la tristesse qui règne après une fête, quand tout le monde est parti. Et toujours cette voix sirupeuse et insouciante, qui a cependant du mal à camoufler un désespoir latent et profond (« Fold the cloth »). Cate Le Bon a avoué avoir été marquée par la mort, une obsession qu’elle a beaucoup affirmée sur son premier album. Ici, on sent moins l’ombre malsaine de la faucheuse, mais on tourne sur des manèges usés et tristes, dont la peinture est écaillée et les yeux des chevaux éteints. On erre le long de rues sales, à la recherche d’un peu de ciel bleu, toujours caché par des nuages bas (« The man I wanted »). On retrouve un vieux jouet de son enfance au fond d’un grenier poussiéreux et on conclut que les temps heureux sont terminés à jamais (« Through the mill »).
Le folk indie et la pop en dentelle de Cate Le Bon transpirent une mélancolie souriante, une insouciance anxieuse, une lutte des contraires où la grisaille danse avec les couleurs vives. Cette musique est idéale pour les jours de pluie, les ruptures, les jours de défaite de Barcelone en ligue des champions ou tout simplement lorsque l’on veut se mettre en dehors de la frénésie inutile du monde moderne. On retrouvera Cate Le Bon aux Nuits Botanique le 16 mai prochain à Bruxelles, ce serait dommage de se priver.
Pays: GB
Turnstile Records
Sortie: 2012/05/07
