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THREE SECOND KISS – Tastyville

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En 19 ans d’existence et cinq albums, les Italiens de Three Second Kiss prennent leur temps, c’est le moins qu’on puisse dire. Sergio Carlini (guitare), Massimo Mosca (basse et chant) et Lorenzo Fortini (batterie, remplacé en 2005 par Sacha Tilotta) se sont effectivement formés à Bologne en 1993 et ont depuis lors œuvré dans un post-rock qui n’a pas tardé à se métamorphoser en math rock, avec les albums « For pain relief » (1996), « Everyday-everyman » (1998), « Music out of music » (2003) et « Long distance«  (2008).

Ce dernier album avait été agréablement perçu à l’époque en raison de sa production signée Steve Albini (le légendaire producteur de Nirvana et des Pixies) et de ses sonorités noisy abruptes. Aujourd’hui, avec « Tastyville », le trio transalpin revient à des manières un peu plus raffinées et propose un album feutré, à la violence contenue et riche en ambiances et calculs musicaux de toutes sortes. Pour ne pas se le cacher, il s’agit en fait d’un changement radical d’attitude par rapport aux albums précédents du combo. Mais un groupe qui est catalogué math rock depuis près de vingt ans et qui est donc un des précurseurs du genre peut se permettre certaines choses, réservées aux vieux maîtres.

Dès le morceau d’ouverture « Caterpillar tracks haircut », de fines lamelles d’orgues signées du batteur Sacha Tilotta introduisent un morceau velouté, semblant flotter sur coussin d’air, glissant souplement le long d’un fil arachnéen. La rythmique polymorphe et ondulante marque encore plus le coup sur un « The sky is mine » complètement hanté par les contrechamps occupés par la batterie et la basse par rapport à la guitare. Cette subtilité à la fois détendue et nerveuse fait penser à du Pixies au repos ou à des Minutemen rassurés. Le psychédélisme n’est pas complètement en dehors du coup ici, mais il faut le prendre dans son acceptation la plus barrée et expérimentale. En ce sens, des références à Red Krayola, les Texans fous des Sixties, ne sont pas inopportunes.

La palme revient sans doute ici à l’excellent « Maya », qui synthétise à lui seul l’esprit qui règne au sein de « Tastyville » : voix nonchalante, cavalcade rythmique tout en préciosité, ondes de guitares décalées. Three Second Kiss continue de plus belle à auréoler son album de mystère avec cette voix qui lance en français « le bonheur, simple, qui descend du ciel vers la mer », introduction de « Vampirized » pouvant faire référence à un bout de phrase tiré d’un roman de Jean-Claude Izzo. Non, décidément, les hommes de Three Second Kiss ne font pas dans le bas du front. Leur voyage au pays d’une poésie décalée et d’une musique résolument sophistiquée se poursuit tout au long des non moins fascinants « Don’t dirty my heart », « Cut the nerve », « In winter, the sun shines over the bridge » et « Mood red », des titres qui ressassent toujours un peu les mêmes effets et agissent comme une sorte de longue suite, un long périple où les instruments tissent une toile sonore alambiquée et blafarde. Notons aussi la pochette de l’album, tirée du tableau Le tigre et le serpent d’Antonio Ligabue (1899-1965), peintre italien illustrateur du courant naïf dans son pays. Subtils et raffinés jusqu’au bout, Three Second Kiss, et vraiment intéressants.

Pays: IT
Africantape AT 040 / Mandaï Distribution
Sortie: 2012/11/05

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