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WYATT E. – Exile to Beyn Neharot

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On peut le dire, la scène métal belge se porte bien. En voici un exemple de plus, avec la sortie du nouvel album de Wyatt « E ». , « Exile To Beyn Neharot ». Auto-étiqueté oriental doom, la plaque est fort aboutie. On y trouve des influences orientales, bien entendu, rappelant la grande époque psychédélique où on faisait le voyage de Katmandou à pied en suçant des timbres de LSD, mais aussi des nappes de synthés qui sonneront familièrement aux oreilles des auditeurs qui ont connu les années 80. Percussions syncopées, tambourin, claviers acidulés et guitares aériennes tracent des intros planantes, tout en douceur. On pense bien entendu à My Sleeping Karma, même si ceux-ci rentrent plus franchement dans le lard, ou à Om même si ces derniers sont moins doom.

Vous avez dit doom ? Oui, à l’horizon, pointent des nuages. Est-ce une tempête de sable qui nous engloutira sous une dune ? Est-ce un orage qui nous apportera enfin de l’eau? Tout reste étrangement calme, tandis que le ciel s’obscurcit. Il devient temps de taper dans la grosse caisse, de se laisser couler. Tout cela est fait avec beaucoup de subtilité, voire d’élégance. Certes, on n’atteint pas les sommets de désespérance morbide des maitres du genre, mais ça ne semble jamais l’ambition de ce groupe qui semble avoir autant écouté « Kashmir » de Led Zeppelin que Monolord.

On croirait sans peine que les gars de Wyatt E. ont, eux aussi, été se perdre dans le désert, ont été recueillis par des bédouins, ont frôlé la mort en poursuivant des mirages, ont retrouvé quelque ancien tombeau d’un dignitaire oublié, dévot d’un dieu perdu… N’affirment-ils d’ailleurs pas écrire pour les dieux anciens et oubliés, être inspirés par les films de Pasolini et la peinture orientaliste ? On s’en fiche ? Certes, les justifications intellectuelles ne font pas un bon disque et la volonté de rendre hommage à l’Orient éternel a conduit aux pires égarement kitscho-intellectuels (Alain Robbe-Grillet, on pense à toi et à « Gradiva », ton film orientalo-chiant). Rien de tout ça, ici.

Le cheminement fantasmatique du groupe n’est qu’une voie. Ils ne se regardent pas jouer les mystères de l’Orient, ils les vivent à leur manière… et nous y entrainent. Exile To Beyn Neharot serait donc entrainant ? Pourquoi pas, au fond ?

Répétitif ? Lancinante, plutôt, c’est consubstantiel du genre. Car là est tout le défi du doom : répéter sans redites. Or, ici, chaque morceau évolue lentement, inexorablement, empilant les couches sonores, accumulant, puis se dépouillant, variant subtilement pour exploiter parfaitement chaque idée, exprimant de chaque mélodie, de chaque riff, de chaque rythme, l’ensemble de la saveur. On profite donc sans jamais se lasser, tant les subtiles variations permettent de redécouvrir sans cesse des transes inspirées répétées et toujours nouvelles. Tant de travail sans que, jamais, ça ne sente la sueur, voilà qui force le respect. Bref, voilà un album sombrement méditatif et hautement recommandable. Une œuvre accessible, aussi, ce qui est réjouissant. Il n’y a pas que les uppercuts, dans la vie… Alors, ne vous laissez pas intimider par l’étiquette « doom », sautez sur votre vaisseau du désert et foncez !

Line-up :
Stephane : guitares, synthés, effets
Romain : percussions
Sebastian : guitare, synthés

Wyatt.E Le Bandcamp

Pays: BE/IL
Shalosh Cult
Sortie: 2017/09/04

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