SOFT MACHINE LEGACY (The) – Live In Zaandam
Composé de Elton Dean, saxophone alto, saxello, Fender Rhodes piano, John Etheridge, guitare électrique, Hugh Hopper, guitare basse, et John Marshall, batterie, The Soft Machine existe depuis 1966. Soyons clairs : la musique actuelle du groupe n’a plus grand-chose à voir avec celle des débuts. Les golden sixties portent bien leur nom : pour des raisons trop longues à énumérer dans une courte chronique, c’était une période très propice à la création artistique.
Quand Robert Wyatt, batterie, guitare, basse, piano, violon, violoncelle, trompette, chant principal, Mike Ratledge, orgue, et Kevin Ayers, guitare lead, ont créé The Soft Machine avec le guitariste Daevid Allen, ils étaient la branche principale de la musique d’avant-garde de la Canterbury School réservée à une élite. Ils appréciaient déjà les improvisations jazz mais ils jouaient une musique psychédélique très inventive, au même titre que Pink Floyd avec Syd Barrett.
Figuraient notamment dans ce mouvement les groupes Caravan, Gong et Matching Mole. Indépendamment de ce mouvement, il y avait aussi à Chicago, de l’autre côté de l’Atlantique, un groupe éphémère et créatif dénommé Aorta, très apprécié des « cognoscenti » (c’est en même temps un clin d’œil à André B., dont j’ai complètement perdu la trace. Il m’a fait découvrir ces merveilles il y a bien longtemps. S’il lit ces lignes, qu’il en soit remercié. Qui sait ?).
The Soft Machine s’est tourné peu à peu vers le jazz rock au gré des changements de personnel. Des titres comme « Hope For Happiness », « Joy Of A Toy », « Lullabye Letter », « Plus belle qu’une poubelle » ou « Why Are We Sleeping? », issus de « One », sont des titres qui ont à juste titre marqué les esprits de manière indélébile.
Hugh Hopper a joué dans The Soft Machine entre 1968 et 1973; Elton Dean entre 1969 et 1972 ; John Marshall entre 1971 et 1979 et John Etheridge entre 1975 et 1978. Même s’ils n’ont jamais fait partie tous ensemble du groupe, ils ont décidé de reprendre le flambeau pour perpétuer une belle aventure et tenter de préserver les valeurs qui avaient cours à l’origine.
« Ash » est une très longue pièce introduite par la guitare et relayée par le saxophone. Les improvisations y sont légion et l’aspect créatif a été conservé mais sans la magie des débuts, même si Elton Dean donne le meilleur de lui-même.
Aussi long, « 1212 » fait aussi la part belle au saxophone mais tous les intervenants sont des musiciens très bien cotés et très inventifs. La section rythmique, elle, est excellente.
Plus court, « Baker’s Street » aussi privilégie le saxo, ce qui donne à tous ces titres une couleur jazz très marquée, mais le guitariste, le bassiste et le batteur, même s’ils sont plus discrets, font leur boulot avec beaucoup de conscience professionnelle et de savoir-faire et leurs improvisations respectives sont un vrai régal.
Le dialogue basse – saxophone du début est de toute beauté sur « Kings & Queens », un morceau plus long au tempo lazy de fin de nuit qui tombe à propos : il est 4 h 30 du mat’. John Marshall démontre avec brio qu’il est un batteur très efficace. Son comparse, Hugh Hopper, est un bassiste renommé qui le mérite amplement, tant son apport est décisif. John Etheridge est aussi discret qu’efficace à la guitare électrique.
Très jazz, « Two Down » voit briller notre ami John Marshall, enfin mis en valeur, comme John Etheridge à la guitare. Tout vient à point à qui sait attendre. Elton Dean se mêle bientôt à la fête avec son Fender Rhodes, tandis que la guitare basse de Hugh Hopper s’impose sans discussion aux oreilles averties. Chacun a ainsi sa minute de gloire largement méritée.
« Big Creese » termine l’album sur un air jazzy très marqué, avec une batterie omniprésente pour soutenir les improvisations déroutantes du saxophone. Les guitares montent au créneau pour exhiber une forme superbe créée par les conditions d’écoute de l’endroit.
Ce qui ressort de ce très bon album enregistré en direct en Hollande, c’est l’impossibilité de recréer les conditions artistiques, économiques, sociales, environnementales, qui ont engendré l’élaboration d’une musique qui dépasse en qualité et en créativité ce que les imaginations les plus fertiles d’aujourd’hui peuvent concevoir. On ne recrée pas un mythe comme on compose une chanson. Cela demande un concours de circonstances fortuites qui sont dans l’air du temps, sans que l’on puisse en déterminer les causes profondes et faire autre chose que le constater.
Pays: GB
Musea Records FGBG 4617.AR
Sortie: 2005/06
