CD/DVDChroniques

REID, Vernon & MASQUE – Other True Self

Notre évaluation
L'évaluation des lecteurs
[Total: 0 Moyenne: 0]

Né à Londres en 1958 dans une famille originaire des Antilles, Vernon Reid grandit en fait à New York où il vit depuis l’âge de deux ans. Il étudie les métiers de l’art au « Manhattan Community College » et ne débute sérieusement la guitare qu’à quinze ans. Rapidement, son intérêt se porte sur des guitaristes de la carrure de Jimi Hendrix, John McLaughlin, Allan Holdsworth, George Benson, Carlos Santana, … et sur leurs grandes capacités d’improvisation. Il développe sa technique tous azimuts, sans se fixer dans un genre bien déterminé : « Jazz », « Rock » et « Funk », dans leurs formes les plus audacieuses, le branchent. Dès la fin des années 1970, il travaille régulièrement avec le batteur de « Jazz » Ronald Shannon Jackson et son Decoding Society, mais également avec Defunkt, Bill Frisell, Arto Lindsay, John Zorn et bien d’autres.

En 1984, il fonde Living Colour avec deux musiciens formés au « Berklee College of Music », le batteur Will Calhoun et le bassiste Muzz Skillings, vite rejoints par le chanteur Corey Glover. Cette brillante association fusionnant du « Jazz », du « Funk », du « Reggae » à un « Heavy-Rock » parfois brutal rencontre un succès inattendu, particulièrement après l’appui apporté par Keith Richards et surtout Mick Jagger, qui engage d’ailleurs Vernon Reid pour son album solo, « Primitive Cool », en 1986. L’excellent « Vivid » triomphe en 1988 (n°6), ainsi que « Time’s Up », plus « Jazzy », en 1990 (n°13). A partir de là, une certaine lassitude s’installe et la cohésion du groupe s’en ressent. En effet, Vernon Reid est de plus en plus demandé, Muzz Skillings finit par s’en aller et est remplacé par Doug Wimbish, Corey Glover repart comme acteur. Leur troisième album, « Stain », moins convaincant, ne sort qu’en 1993. Le groupe se sépare en 1995. En 2003 paraît un album réussi, « Collideoscope », résultat d’une brève reformation.

Les collaborations de Vernon Reid sont alors nombreuses : dans le désordre, Garland Jeffreys, les Ramones, Chuck Berry, Carlos Santana, Marcus Miller, Public Enemy, James Blood Ulmer, …. En outre, il a régulièrement collaboré avec Jack Bruce. En effet, sur disque, on le retrouve sur « A Question of Time » (1989) et, surtout, sur « Shadows in the Air » (2001) et « More Jack than God » (2003) ; sur scène, il tourne avec le Jack Bruce Band, dans lequel son interprétation « Hard » et « Jazzy », ultra speedée, de « Sunshine of your Love » est d’ailleurs sidérante, à cent lieues de celle de Eric Clapton.

Paru en 1986, son premier album solo, « Mistaken Identity », a été enregistré sous la houlette de Prince Paul (De La Soul) et du vétéran Teo Macero (Miles Davis, Charlie Mingus, Dave Brubeck, …). « Known Unknown » n’est sorti qu’en 2004. « Other True Self » est son troisième opus, et le deuxième avec Masque comme dénomination. En voici les participants :

  • Vernon Reid : Guitares & Banjo
  • Leon Gruenbaum : Claviers & Glockenspiel
  • Hank Schroy : Basses
  • Don McKenzie : Batterie

Leon Gruenbaum et Hank Shroy font partie de Masque depuis 1986 et ont même participé au projet « Electro Hip Hop » de Vernon Reid avec DJ Logic, Yohimbe Brothers, lancé en 2002.

Voici les titres (57’23) :

  1. « Game is Rigged » (Vernon Reid) (5’52)
  2. « National Anthem » (Jonathan Greenwood/Edward O’Brien/Thomas Yorke/Colin Greenwood/Philip Selway) (4’06)
  3. « Flatbush and Church Revisited » (Vernon Reid) (6’15)
  4. « Afrerika » (Vernon Reid) (4’11)
  5. « Enjoy the Silence » (Martin Gore) (6’39)
  6. « Whiteface » (Leon Gruenbaum) (3’48)
  7. « Oxossi » (Traditionnel, arrangements : Jorge Amorim/Hank Schroy) (3’29)
  8. « G » (Vernon Reid) (4’40)
  9. « Wildlife » (Tony Williams) (4’22)
  10. « Overcoming » (Vernon Reid/J. Kibler/D. Blume/C. Costagno) (4’13)
  11. « Kizzy » (Don McKenzie) (2’10)
  12. « Mind of my Mind » (Vernon Reid) (4’12)
  13. « Prof. Bebey » (Vernon Reid) (3’20)

Entrer dans le monde de Vernon Reid n’est pas toujours évident et demande une bonne capacité d’adaptation et d’ouverture. En effet, les changements de direction qu’il opère sont fréquents et montrent les différentes facettes de l’artiste.

La mise en route s’avère décoiffante avec « Game is Rigged », distordu, agressif et déjanté, dans l’esprit du Living Colour de l’album « Vivid » ou de Steve Vai. Plus loin, « Whiteface » est du même cru. A chaque fois, les claviers accentuent nettement les nombreux effets générés par la guitare. Le duo rythmique est percutant à souhait.

Tout aussi rugueux, bien que plus électronique, « National Anthem » provient à l’origine de l’album « Kid A » de Radiohead.

Après le déluge des deux premières pièces, « Flatbush and Church Revisited » pénètre dans l’univers du « Reggae ». Le rythme est lent, saccadé et sautillant, bien marqué par la basse et la batterie. Le jeu aux claviers est original et donne à l’ensemble des allures volontairement loufoques. La guitare évolue dans de bons solos tranquilles, lorsqu’elle ne soutient pas le rythme avec des rifs calmes mais appuyés.

« Afrerika » file dans la Fusion « Jazz-Rock » de la moitié des années 1970, à une époque où ses bases sont déjà plus maîtrisées et mélodiques. Cette pièce rappelle beaucoup le New Tony Williams Lifetime et son chef-d’œuvre « Believe It » en 1975 (avec Tony Williams, Allan Holdsworth, Alan Pasqua et Tony Newton). Cette influence s’en trouve d’ailleurs confortée par la reprise de « Wildlife » de ce même album. Cette version-ci, assez fidèle dans la forme, est pourtant un léger cran en dessous, le son de Vernon Reid n’atteignant pas la rondeur majestueuse d’Allan Holdsworth.

« G » et « Overcoming » évoluent également dans le monde de la Fusion : le premier entre Allan Holdsworth et Frank Gambale ; le second entre de John McLaughlin, période Mahavishnu Orchestra, et Living Colour. Les instrumentistes y sont, à chaque fois, éblouissants.

Bizarrement, on reste dans le même genre musical avec « Enjoy the Silence », une composition de Martin Gore avec Depeche Mode. Elle est superbe de bout en bout avec une interprétation magistrale bien que posée à la guitare et un bel accompagnement à l’orgue. Beau solo de basse.

« Oxossi » découvre une face plus expérimentale et bizarroïde de Vernon Reid, avec des sonorités fuyantes et déformées. « Kizzy », une composition du batteur, reste dans cette ligne.

Dans « Mind of my Mind », la guitare déborde d’énergie avec Vernon Reid en pleine démonstration. Il atteint des records dans la vitesse d’exécution, en conservant une précision millimétrée. A l’opposé, la rythmique est volontairement poussive. Bon solo du claviériste.

Dans « Prof. Bebey », peu attrayant, transparaissent les origines africaines du guitariste.

En définitive, Vernon Reid montre ici ses talents de compositeur et, surtout, de guitariste. Il produit ici un album varié, déconcertant et complexe, dont les richesses ne peuvent se savourer que progressivement.

Pays: US
Favored Nations FN2550-2
Sortie: 2006/02/10

Laisser un commentaire

This website uses cookies to analyze site traffic and improve your experience. By continuing to use this site, you consent to our use of cookies.