MAILLET, Frédéric – Stratégie lunaire
Frédéric Maillet est un autodidacte. Il est clair qu’il va chercher son inspiration dans des oeuvres comme celles de Kraftwerk ou du Tangerine Dream de Klaus Schulze mais il y imprime sa propre vision des choses. Il a sorti un album intitulé « Inlandsis« en 2004. Bien sûr, « Stratégie lunaire » n’est pas innovant mais c’est un bain prolongé dans un univers assez spécial fait d’élucubrations sonores « dans le style de ».
« BRD 1975 » est un titre assez conventionnel mais le principal morceau d’anthologie, « Stratégie lunaire », commence par les pleurs d’un bébé suivis par une petite musique que l’on dirait destinée à apaiser ses angoisses. Cela donne naissance à des thèmes musicaux joués au synthé mais avec des bruitages créés à l’aide de jouets et de glockenspiel, semble-t-il. Il ne faut pas s’affoler, le morceau dure 37 minutes. On a donc tout le temps de l’écouter et de s’acclimater à son atmosphère tantôt terre à terre, tantôt éthérée, selon les humeurs du moment.
D’autres couches instrumentales viennent s’ajouter à ces thèmes, dont le premier dure un peu plus de 5 minutes. Introduit par des notes basses, le rythme du deuxième devient progressivement plus rapide mais le climat devient vite pesant. Il invite clairement à l’évasion dans le temps et dans l’espace mais un orage vient brouiller les pistes et semble inviter à la prudence en rappelant à l’homme la fragilité des choses et les limites de ses pouvoirs. Le troisième thème rend la main à l’homme et exprime la joie de vivre : il dirige clairement l’imagination vers l’évasion dans la stratosphère.
De nouveau, des jouets d’enfant font partie de la fête. Après quelques minutes, le ton change et évoque davantage l’aventure en terrain inconnu, avec une dramatisation plus intense qui se marque par des interventions plus musclées du synthé et une exubérance nouvelle. Les notes sont jouées plus rapidement et les thèmes se renouvellent puis se confondent en mettant l’accent sur la répétition. On a droit ainsi à une sorte de valse hésitation qui dure, qui dure …
Après une vingtaine de minutes, les éléments hostiles se manifestent et provoquent l’apparition d’un autre climat propice à la réflexion devant les événements. Une horloge se déclenche comme pour rappeler l’inéluctabilité du temps qui passe et nous transporte vers notre destin avec le concours d’une très belle musique qui semble annoncer un avenir souriant. On y retrouve un thème exubérant et répétitif qui semble échapper à tout contrôle.
Une petite musique telle qu’on en joue dans les fêtes foraines est interrompue par des interférences, avant d’être remplacée par un thème musical qui exprime une sérénité mêlée de bruits inquiétants. On n’est pas sorti d’affaire et on entre dans un milieu que l’on devine empreint de mystère. On se sent alors livré aux caprices de la nature et de l’espace intersidéral : c’est un saut dans l’inconnu. Une musique majestueuse semble alors ramener tout à sa dimension humaine et glorifier le génie humain. Le thème final annonce la sérénité retrouvée et le calme après la tempête.
« La forteresse vide » est un morceau bizarre, un mélange d’émotions diverses allant de la satisfaction profonde au doute sur une musique très belle qui fait la pluie ou le beau temps. « Syd » est un morceau très court où l’auteur se lâche complètement pour donner libre cours à des sentiments complètement déjantés, à la limite de la folie.
L’originalité de cet album vient du travail opiniâtre de l’auteur qui puise dans la musique électronique des seventies en l’utilisant simplement comme moyen pour arriver à ses fins.
Pays: FR
Dreaming / Musea DR 8445
Sortie: 2006/12
