STUD – Stud
Au moment de sa constitution à la fin de l’année 1970, Stud pouvait rêver d’une belle carrière eu égard au pedigree des trois musiciens qui le composaient.
D’un côté, il y avait le guitariste Jim Cregan dont le groupe Blossom Toes venait de se dissoudre. Cet ensemble actif depuis 1967 avait publié quelques simples et deux albums bien cotés, mais s’était séparé par manque de succès public sérieux. Pourtant, aujourd’hui encore, cette formation sert de référence aux amateurs de « Psychédélisme » anglais.
De l’autre, on retrouvait le bassiste Richard McCracken et le batteur John Wilson. Après un ultime conflit qui suivait une prestation triomphale au festival de l’Ile de Wight en 1970, le trio Taste implosait. En fait, la position de Rory Gallagher, son leader incontestable mais contesté, était jugée trop dominante par ses deux partenaires qui avaient alors claqué la porte avec fracas.
Rapidement constitué, Stud publie tout aussi rapidement son premier album, au début de l’année 1971. A l’écoute de celui-ci, il est clair que ces trois artistes cherchent à se démarquer de ce qu’ils ont produit antérieurement avec leur groupe respectif, sans pour autant perdre leur âme ou renier leur passé. Leur voie future ne paraît pourtant pas encore clairement définie, même si le « Jazz-Rock » occupe une bonne part de cet album. D’un autre côté, la volonté de former un groupe uni et égalitaire transparaît, plus particulièrement par la signature collégiale de la plupart des compositions, … même s’il semble que le gros du travail dans ce domaine provienne du talent de Jim Cregan.
Le premier titre, « Sail On », est une indiscutable réussite, un hit en puissance, dans un style qui ne reflète pourtant en rien la suite de l’album. C’est un bon « Rock », bien trempé, bien rythmé, soutenu par une mélodie accrocheuse. Jim Cregan y fournit un travail impressionnant tant aux guitares électriques, épaisses et à l’avant-plan, qu’au chant. Sa voix légère s’y intègre impeccablement. John Wilson confirme sa grande classe à la batterie.
« Turn Over the Pages » est une agréable ballade, légère et délicate, aux contours plus « Folks ». Elle est rehaussée par la présence de John Weider au violon. Ce dernier, multi-instrumentiste, bassiste de Eric Burdon & the Animals d’abord et de Family ensuite, intégrera la même année Stud en tant que violoniste et guitariste.
« 1112235 » est une longue exploration « Jazz-Rock », audacieuse et débridée, menée tambour battant. Les trois artistes exhibent leurs compétences en solo, en duo et en trio. L’ensemble reste malgré tout toujours dominé et accessible. On flirte avec le Tony Williams Lifetime et les expériences diverses de John McLaughlin, avant la constitution du Mahavishnu Orchestra.
« Harpo’s Head » conserve la ligne « Jazz-Rock », mais évolue plutôt dans l’esprit de « Devotion », album nerveux et métallique de John McLaughlin avec l’ex-batteur de l’Electric Flag et du Band of Gypsys, Buddy Miles. Jim Cregan étonne dans un genre qu’il ne pratiquera plus par la suite.
« Horizon » retrouve John Weider au violon et intègre Poli Palmer, ex-compagnon du guitariste dans Blossom Toes et ex-Family, au vibraphone. Dans sa première partie, le « Jazz-Rock » reste de mise, mais dans une configuration plus aérée et empreinte de plénitude, comme on l’appréciera plus tard dans le Mahavishnu Orchestra de l’époque « Apocalypse », avec le violon de Jean-Luc Ponty et le chant de Gayle Moran. Dans la seconde partie, ses influences se croisent progressivement avec celles de groupes comme Traffic et Family.
« Song » clôture l’album par une ballade doucereuse et « Folkie », idéale pour mettre en valeur la belle voix de Jim Cregan.
En conclusion, Stud affiche de belles qualités et son avenir devait être rose. D’ailleurs, le groupe, rapidement sous forme de quatuor, tourne beaucoup, en Grande-Bretagne d’abord, puis en Allemagne, où il rencontre un intérêt plus important.
En 1972 sort le second album du groupe, « September », publié sur la compagnie allemande BASF, suite à un conflit avec leur compagnie initiale, Deram. Cette année-là sera riche en événements destructeurs. Richard McCracken jette le gant le premier et rejoint le Spencer Davis Group pour une nouvelle aventure qui se révèlera fort brève. Peu de temps après, John Weider, puis Jim Cregan le suivent. Ce dernier intègre alors Family pour remplacer John Wetton, … à la basse ; pour peu de temps, car Family est alors en pleine agonie. On le verra par la suite avec sa femme, la chanteuse Linda Lewis, Steve Harley et Cockney Rebel et, surtout, Rod Stewart qu’il accompagnera durant deux décennies. Il apparaît également sur le dernier album de Roger Chapman, « One More Time for Peace » (voir chronique). L’excellent John Wilson tentera de poursuivre l’entreprise en recrutant le guitariste et chanteur Snowy White (futur Thin Lizzy, collaborateur de Pink Floyd, …) et le bassiste Andy Sneddon (ex-East of Eden), mais abandonnera quelques mois plus tard. On le retrouvera plus tard avec Sutherland Brothers & Quiver et David Gilmour.
Les titres (42’04) :
- « Sail On » (Cregan/Wilson/McCracken) (4’12)
- « Turn Over the Pages » (Cregan) (4’17)
- « III2235 » (Cregan/Wilson/McCracken) (12’20)
- « Harpo’s Head » (Cregan/Wilson/McCracken) (7’35)
- « Horizon (I. Here – II. There) » (Cregan/Wilson/McCracken) (11’07)
- « Song » (Cregan) (2’33)
Le groupe :
- Jim Cregan : Guitares & Vocaux
- Richard McCracken : Basse & Guitares acoustiques
- John Wilson : Batterie
+ - John Weider : Violon (2, 5)
- Poli Palmer : Vibraphone (5)
Pays: GB
Esoteric Recordings ELEC2053
Sortie: 2008/04/28 (réédition, original 1971)
