WHITE, Tony Joe – Deep Cuts
Né dans le nord-est de la Louisiane, divisée en « parish » et non en comtés (sur ce CD, on l’écrit avec deux r), dans le parish West Carroll, non loin du Bayou, société multiraciale où tous, réunis par la détresse matérielle et morale, vivaient solidaires et en harmonie, quelle que soit la race. Il a passé sa jeunesse sans trop faire de musique jusqu’au jour où son frère lui a rapporté un disque de Lightnin’ Hopkins, un bluesman du Texas voisin. La musique de country blues fut une révélation. Il a passé des heures à apprendre et est parti jouer dans des clubs, au Texas puis dans le Tennessee, à Nashville et Memphis. De famille en partie Cheyenne, en voyageant, il a découvert un racisme sudiste ambiant qu’il ne connaissait pas. Il a ensuite découvert l’Europe, où le contexte était différent. Ses chansons racontent des histoires vraies ou basées sur un fond de vérité mais ce sont d’autres qui sont devenus célèbres en partie grâce à ses chansons : Elvis Presley, Tom Jones, Dusty Springfield, Waylon Jennings et Hank Williams Jr, par exemple.
S’il fallait décrire la musique de Tony Joe White en deux mots, on la qualifierait de groovy et d’envoûtante. On en a eu un aperçu sur « Uncovered », sorti en 2006. On a qualifié cette musique de « swamp rock », la musique des lowlands, du bayou, différente de la « country music » des blancs. Elle prend ses racines dans le blues mais comporte aussi du funk rock. C’est ce mélange harmonieux d’influences diverses qu’il joue toujours aujourd’hui avec l’aide des beats et des loops de son fils pour tenter d’obtenir enfin la reconnaissance qu’il mérite en faisant d’un défaut un atout, en transformant sa musique qui reflète des situations d’un autre âge en une musique moderne en mettant l’accent sur la musique plutôt que sur les paroles.
C’est le cas de « Set The Hook », « Run With The Bulls » et « Swamp Water », placés à des endroits stratégiques sur l’album, des morceaux courts composés par Tony Joe White et son fils Jody, qui en sont des démonstrations magistrales par la dynamique qu’ils apportent. Avec une rythmique implacable composée d’instruments traditionnels et sa voix particulière, il conserve les qualités authentiques qui en ont fait un artiste privilégié des connaisseurs, de la critique et des puristes. Les beats et les traitements ajoutés par son fils rendent ces titres très actuels. Le regretté bluesman R.L. Burnside ne faisait rien d’autre.
Les autres titres, « Roosevelt and Ira Lee », de l’album « …Continued » (1969), « Willie and Laura Mae Jones », avec sa voix inimitable, son jeu de guitare à nul autre pareil et les passages magnifiques joués à l’orgue par Tyson Rodgers, « Soul Francisco », avec une programmation qui lui apporte une nouvelle jeunesse en lui conservant son authenticité, « Aspen, Colorado », de l’album « Black and White » (1969), « High Sheriff (of Calhoun Parrish) », de l’album « Tony Joe » (1970), un « parish » imaginaire mis en avant pour les besoins de la cause, « As The Crow Flies », de l’album « The Train I’m On » datant de 1972, avec ses percussions hypnotiques et son passage mémorable à l’harmonica, et « Homemade Ice Cream », de l’album du même nom sorti en 1973, ont été retravaillés avec son fils Jody pour les mettre au goût du jour. Serait-ce enfin le début d’une carrière populaire ?
L’ombre de l’ouragan Katrina y plane dans la mesure où c’est de nouveau la solidarité entre les habitants qui leur permettra de s’en sortir. Ils n’ont reçu aucune aide du pouvoir en place. Cet album, gagné lors de l’excellente émission « Downtown » de Walter de Paduwa sur Classic 21 (il ne tient qu’à vous…), est un très bon album de « swamp rock » proche de ses racines mais mis au goût du jour. Ecoutez-le et laissez-vous séduire…
Pays: US
Swamp Records / Munich Records MRCD 295
Sortie: 2008/06/10
