NATIONAL HEALTH – Of Queues and Cures
Fondé par les claviéristes Dave Stewart et Alan Gowen en 1975, respectivement leader de Hatfield and the North et Gilgamesh, National Health est à classer parmi les groupes de la seconde génération de Canterbury. Son existence fut marquée par de constants mouvements de personnel, à une époque où le Punk attirait un plus large public et, dans la foulée, la plupart des compagnies discographiques.
Leur premier album, l’excellent « National Health », enregistré au printemps 1977, ne sort qu’au début de l’année suivante. Le second subit un décalage dans le temps identique : il est enregistré à l’été 1978 et publié au début 1979. Pour celui-ci, Alan Gowen et Amanda Parsons, déjà en partance l’année précédente, ont disparu. Ensuite, c’est au tour du bassiste Neil Murray de jeter le gant. Il rejoint David Coverdale et Whitesnake. A partir de là, il mènera une carrière plus rémunératrice dans le monde du Hard-Rock. Son remplaçant, John Greaves (ex-Henry Cow), possède un éventail plus étendu de talents : il peut remplir les rôles de bassiste, chanteur et compositeur. Par contre, son intérêt pour l’improvisation, les aventures avant-gardistes et les délires divers en font un personnage moins facilement contrôlable. Son arrivée amènera d’autres membres de Henry Cow dans l’environnement du groupe (Peter Blegvad, Georgie Born, Lindsay Cooper).
Le départ d’Alan Gowen devait automatiquement positionner Dave Stewart en leader incontestable. Officiellement, il ne le souhaitait pas : National Health ne devait pas constituer un simple prolongement de son groupe précédent, Hatfield and The North. Pourtant, en théorie, avec trois ex-membres, il devait l’être plus que jamais. De plus, une autre répartition du travail de composition devait corriger ce fait.
A l’écoute, cette nouvelle formation apparaît bien différente. Dave Stewart n’a pas tenté de compenser le départ d’Alan Gowen. On perçoit directement qu’il n’est plus en concurrence. Ce départ semble avoir libéré Phil Miller qui, sans le moindre complexe, comble le nouvel espace disponible. Il s’épanouit ici dans de nombreux solos de belle facture. La basse est appuyée, bien présente. Le jeu de John Greaves, bien qu’excellent, n’a rien à voir avec celui de Neil Murray. Les colorations typiquement Jazz-Rock ont totalement disparu. On sent déjà que son influence sur l’évolution et le futur du groupe sera colossale. Pip Pyle reste égal à lui-même au niveau technique, mais calme aussi volontiers le jeu. L’absence de John Mitchell atténue aussi le volume global des percussions. Les autres musiciens présents apportent tous une touche personnelle, surtout Peter Blegvad et Jim Hastings.
En définitive, toutes ces modifications n’ont pas réduit d’un iota la qualité de ce second album. Le tempo est plus rapide, plus nerveux. Le Jazz ne domine plus. La plus grande perte pourrait résider dans la disparition des vocaux délicats d’Amanda Parsons et l’osmose avec Jim Hastings. Le potentiel vocal de John Greaves, tout autre, n’est utilisé ici que sur une seule plage. Quant à Dave Stewart, il retrouve, tout à la fois, les inspirations de son ancien trio Egg, avec ses approches Progressives, et les voies ouvertes par son ami Steve Hillage. Bizarrement, la diversité des compositeurs n’a pas perturbé la mécanique de l’album, en tout cas jusqu’à « Binoculars », écrit par Pip Pyle.
La force du mouvement de Canterbury réside aussi dans sa capacité à sans cesse se régénérer. Chaque nouveauté constitue une aventure. National Health en demeure un bel exemple. Sa prochaine péripétie en sera le départ de Dave Stewart lui-même. Il rejoindra son ami Bill Bruford au sein d’une des meilleures expériences Jazz-Rock de l’époque (avec Allan Holdsworth et Jeff Berlin).
En conclusion, « Of Queues and Cures » est l’album unique d’un groupe unique. A posséder absolument !
Les titres (53’21) :
- « The Bryden 2-Step (for Amphibians) Part 1 » (D. Stewart)(8’54)
- « The Collapso » (D. Stewart)(6’19)
- « Squarer for Maud » (J. Greaves)(11’51)
- « Dreams Wide Awake » (P. Miller)(8’50)
- « Binoculars » (P. Pyle)(11’45)
- « Phlakaton » (P. Pyle)(0’09)
- « The Bryden 2-Step (for Amphibians) Part 2 » (D. Stewart)(5’31)
Les participants :
- Dave Stewart : Orgue, Mini-Moog, Pianos électrique & acoustisque
- Phil Miller : Guitares
- John Greaves : Basse & Chant
- Pip Pyle : Batterie & Percussions
+ - Georgie Born : Violoncelle (1, 3, 7)
- Paul Nieman : Trombone (1, 5, 7)
- Phil Minton : Trompette (1, 5, 7)
- Jimmy Hastings : Flûte & Clarinette (3, 5)
- Keith Thompson : Hautbois (3, 5)
- Selwyn Baptiste : Steel Drums (2)
- Peter Blegvad : Voix (3)
- Rick Biddulph : Basse (4)
Pays: GB
Esoteric Recordings ECLEC2116
Sortie: 2009/04/27 (réédition, original 1979)
