KLIMPEREI – Patamob 1997 – 2001
Klimperei est un groupe Français composé de Françoise Lefebvre et Christophe Petchanatz. Ils composent des chansons avec beaucoup de talent. Dans leur univers, ils tentent de retrouver la spontanéité des jeux de leur enfance et un ton qui plait aux plus jeunes. Ils jouent une musique instrumentale primesautière et utilisent des jouets et surtout, en plus d’instruments très divers, un piano pour arriver à leurs fins.
Leurs influences vont de Erik Satie, Debussy et Ravel à Nino Rota, Syd Barrett, Robert Wyatt, Brian Eno et Pascal Comelade (voir chronique sur ce site).
« Mon pion marron » est un morceau instrumental agréable qui rappelle les instruments de musique dont disposent les enfants fortunés ou chanceux. « Sur une barque » évoque plutôt une ballade où l’esprit vagabonde. Cette musique n’est pas destinée aux enfants mais aux adultes nostalgiques de leur enfance. Retrouveront-ils tous leurs impressions fugaces ? Ce n’est pas sûr. De plus, l’absence de voix laisse un peu une impression de manque et de rapports impersonnels.
« Klimperei, le retour » est plus pompeux et son rythme monotone en découragera plus d’un. C’est tout le contraire de « Dance Of The Happy Ducks » qui, en évoquant des sons orientaux, va encore accentuer le succès du groupe au Japon, où il est déjà célèbre. « La foire aux cochons » est un défilé de sons de clochettes, de piano et d’instruments bizarres mais sur un rythme décevant. « Sauterelle » évoque bien les mouvements imprévisibles de l’insecte en question et la course poursuite des enfants qui tentent de l’attraper. C’est très court mais très bon.
« J’vais un peu mieux » n’est sans doute pas dû à la musique énervante et discordante qu’il nous est donné d’entendre. « Les pochetrons » est un morceau qui présente le contraste entre des sons aigus et d’autres plus graves. L’absence de chant rend la musique monotone, même pour les plus patients. « Au fil de l’eau » apporte un peu de fraîcheur et de variété à un propos qui en manque un peu, alors que le rythme de « Rosalie mon coeur » ressemble à tout sauf à du rock. On pourrait entendre ça lors d’un bal musette. C’est dire.
« Petit lapin tombé » fait la part belle aux percussions et à la guitare, sur fond de bruitages programmés qui évoquent les mouvements erratiques de l’animal. « Pagaille » commence par des coups de sifflet, des sonnettes, des bruits divers. Pour une pagaille, c’est une pagaille. On croirait voir les télétubbies. Qu’est-ce que j’raconte, là ? Serais-je pris par l’ambiance ?
Le métallophone donne une impression guillerette sur « Les lapins sur la plage au soleil ». On s’attend à les voir traverser furtivement les vastes étendues de sable devant les estivants endormis ou indifférents. « La petite tortue » voit apparaître ou réapparaître des instruments comme le mélodica, l’ocarina, le xylophone, la flûte de pan, autant d’instruments qui rappellent la fraîcheur d’une rose qui vient d’éclore.
Primesautier, « Ach so 2 » est aussi très joyeux et crée un contraste avec les morceaux précédents. C’est un des tout premiers morceaux de Klimperei. Très court, « Lutins dans les prés » fait la part belle au mélodica et aux percussions. « Petit train de voyageurs » possède un rythme obsédant qui rappelle le tango. Où le rock va se nicher, quand même !
« Se rouler dans l’herbe » est aussi très court et apporte aussi beaucoup de fraîcheur et des souvenirs fugaces de l’enfance heureuse. Par contraste,on sent le cafard s’installer en pensant à l’enfance malheureuse, à tous ceux qui n’ont pas la chance d’être heureux et sont livrés à l’arbitraire des adultes, avec son cortège de déviances et de cruauté. « Coquelicots et bleuets » est aussi un morceau primesautier qui rappelle de bons souvenirs, notamment les courses folles dans les champs de blés et la cueillette de coquelicots et de bleuets aujourd’hui pratiquement disparus.
« Chapeau pointu » nous rappelle les jeux mille fois réinventés et on s’aperçoit que cet album fait son œuvre en évoquant des souvenirs tantôt agréables, tantôt douloureux. L’enfance, quoi. Très court, « Sympatoche, la grenouille » fait la part belle aux flûtes enjouées. Sous l’impulsion du mélodica et du synthé, « Les dépenaillés » est plus nostalgique et nous rappelle que pour certains, l’enfance ressemble plutôt à l’enfer.
« La marche des tulipes » fait place à la programmation, à la basse et aux mélodicas pour introduire une sorte de cortège qui pourrait être tout autant celui de canards que de tulipes. « Pleurer sous les draps » est une fin triste pour une perte irréparable : celle de l’innocence, de la spontanéité des sentiments, de la joie de vivre. Notre enfance. Celle qui ne s’embarrassait pas de l’activité économique et n’avait pas à se préoccuper de politique. Notre enfance à tous, heureuse ou malheureuse. On pense à la tristesse que provoquera plus tard chez certains petits êtres déboussolés la chanson « Petit », de Michel Sardou, dont voici un court extrait, qui évoque un drame fréquent :
Petit,/N’écoute pas ton père partir/Même si jamais il ne revient,/Va t’en courir dans le jardin.
et un autre :
Petit,/N’écoute pas ta mère pleurer./Tant pis si elle a du chagrin./Va t’en courir dans le jardin.
Cet album, énervant dans sa première partie, plonge subrepticement dans le subconscient pour y déloger des impressions furtives accrochées au plus profond de notre mémoire et en ramener un vol de papillons, des traînées laissées par les escargots, des orvets ramassés dans le jardin pour faire peur aux filles, des têtards observés dans la mare, des grenouilles visqueuses, une mouche dont on a arraché les ailes, la queue d’un lézard imprudent, des jeux innocents, des joies trop longtemps enfouies, des courses éperdues, des fous rires, des cris de douleur, des pleurs, des petits drames, des vacances toujours trop courtes, de l’imagination mise sous tutelle par l’école et ses contraintes. Un voyage au bout de l’enfance, mélange de bonheur et de nostalgie.
Pays: FR
Gazul Records GA 8675.AR
Sortie: 2005/06
